Bouton d’or

23 mai 2009

Un lotus, informe, foireux : moi (bah, la posture elle est pas évidente à tenir) ;
Des boutons d’or, tout beaux, tout éclos : elles, les p’tites fleurs face à moi.
Nous dans l’herbe, sur une terre bourrée d’humus (enfin y’en a - doit bien y avoir aussi quelques particules radioactives).

La méditation, exercice par excellence du yoga…
La méditation, donc… Pas trop mon truc, me plaît pas trop : p’têt parce que l’faire, j’sais pas trop…

Un fake de végétal tentant de fixer son attention sur des p’tites fleurs… Inévitablement, le masque tombe : le mutant occidental réapparaît ! pas moyen de fixer c’te putain d’pensée ! Qui s’éparpille - un flot diffus de pensées éparses surgit, déferle et se propage dans l’espace aérien, déjà hautement perturbé, logé entre mes deux radars (z’avez pas vu la circonférence) d’oreilles,…

Bon, allez yogi, laisse les donc couler ces pensées, laisse les ruisseler le long des sinuosités de ton crâne, sur les arêtes de tes vertèbres, et disparaître comme les larmes dans la pluie (merci Roy Batty - Rugter HAUER, magistral dans « Blade Runner ») ;

Merde ! Y’en a une qui s’insère, se répand et m’imprègne tout l’bulbe ! J’lutte pas ; par principe (yama)… et par nature (lutter c’est fatiguant). C’est d’abord une image ; celle d’un film : « Soleil vert » ; celle que voit l’un des personnages principaux, alors qu’il est sur son lit de mort, la même que le spectateur verra lors du générique de fin : juste une brise printanière soufflant dans un pré parsemé de petites fleurs jaunes, filmé en gros plan… Image d’un monde révolu, à jamais disparu : le nôtre…

Et cette pensée en amène une autre, l’association d’idées marche à fond (au revoir - et bon débarras - la méditation). « Soleil vert », film d’anticipation, tristement prophétique, en appelle un autre : « THX 1138 », que j’associe immédiatement, instantanément, à un article lu sur le blog de Superno ; là encore la réalité rejoint la fiction ; avènement prochain du tout-contrôle, de la délation à tout crin, d’un totalitarisme orwellien… le net : ce merveilleux outil de communication et d’échange, par extension, va devenir sous l’égide du mâle dominant (enfin il aimerait en avoir les attributs) de la tribu française, un instrument d’oppression, de domination…

Et dire, que pour un nombre de penseurs contemporains - nommés post-humanistes ou trans-humanistes - c’est de la technologie que l’homme doit attendre aujourd’hui son salut ! Ainsi peut-on lire dans le numéro hors-série du Monde, consacré à Darwin et l’évolution : « Pourquoi un humain technologiquement assisté ne serait-il plus un homme ? Il existerait donc une « essence » de l’homme, inamovible, naturelle ? (…) L’homme est une créature flexible, douée de plasticité, qui s’adapte à l’environnement, résiste aux maladies grâce à ces technologies. Penser le post-humain, c’est accepter d’associer l’autonomie des hommes et des machines, apprendre à vivre et co-évoluer avec des machines capables d’autonomie - douées d’une existence propre, au même titre que les animaux. Comment imaginer la postérité de notre espèce sur cette « technosphère » qu’est devenue la Terre sans une post-humanité agrégée à des machines »1 ?

C’est un point de vue… Qu’on peut épouser… mais j’espère - ouais j’suis un peu candide pour le coup - ne nous imposer (’tain, vas-y dans l’futur, faudra t’mettre dès l’réveil un tube cybernétique intégré dans l’fion pour t’analyser l’bol fécal toutes les trois secondes ; ça s’ra idem pour le sang et autres liquides corporels… l’être post-humain sera plein de tubes ou ne sera pas ; un être multi-entubés, quoi… le progrès quand même : se faire entuber).

Hé quoi Jean-Michel, elle te fait si peur Bouton d’or ? ! Ah bah oui, en dessous des petites fleurs jaunes, il y a la terre- beurk, caca - et dedans, des vers, des petits vers qui vont dévorent nos petits corps, après qu’on est mort… Ah ouais, mais j’suis con moi ! Putain que j’suis con que c’est pas possible (bah oui, j’oubliais, j’suis pas un penseur) ! Mais j’ai rien compris : bientôt, grâce à la technologie on sortira bientôt du processus évolutif, de la vie et de la mort, du vivant quoi… Adieu Bouton d’or, le soleil (vert) vient de se lever…

Et c’est reparti ! Quand l’Homme - enfin surtout l’Occidental - a peur, il regarde ailleurs, dans un au-delà… Aujourd’hui, modernité oblige, l’au-delà il est à base de technologie et d’intelligence extra-terrestre. Dans une émission télévisée, diffusée hier sur Direct 8 et dédiée aux phénomènes UFO, un autre penseur - Ahlalà, heureusement qu’on en a des penseurs en Occident ! Avec eux au moins on sait où on va ! Moi j’pense pas, ça m’fatigue ! Ah çà, du coup j’vais nulle part ! Mais bon, pourquoi j’me fatiguerais à aller quelque part ? C’est qu’c'est fatiguant de s’bouger… - Jean-Pierre PETIT nous révélait le sens du vivant : complexification de la matière, maîtrise du nucléaire et voyage inter-stellaire (la Terre au G8 ou G20 des mondes maîtrisant la technologie nucléaire). L’un des intervenants concluait par une citation d’un astronaute russe : « la Terre est notre berceau, mais nous ne demeurons pas éternellement dans notre berceau »… Est-ce une raison pour saccager le berceau ?

Oh putain ! Mais allez faire mumuse avec vos cyborgs, allez rencontrer vos être stellaires, tant que vous me laissez juste le loisir de contempler Bouton d’or ! Moi, j’aimerais bien, comme l’Orang-outan, me satisfaire de mon sort et vivre selon une loi immuable « accueillant le progrès avec méfiance (…) C’est bien assez de modernité, on ne va pas non plus consentir à tout ce qu’elle propose, pourquoi toujours lui céder, s’équiper de neuf chaque année comme si le principe de la vie n’était plus le même et que les doigts un beau matin ne convenaient plus pour se moucher élégamment, sachons tenir aussi, jouir de la sérénité que procure la longue habitude sous les dehors de l’hébétude »2.

1Propos de Jean-Michel BESNIER, Autoproduire des hommes meilleurs, Le Monde hors-série avril-mai 2009, p. 94

2Eric CHEVILLARD, Sans l’orang-outan, Les éditions de minuit, 2007, p. 51.

Les aventures contemplatives et introspectives de Gayong, le dernier des Orang Outan - épisode I : Rencontre

20 avril 2009

Cette oeuvre vous a été présentée avec l’aimable autorisation de l’équipe dirigeante du fanzine Bahniwé, dans le numéro 17 duquel elle est (normalement, enfin, si tout va bien) destinée à paraître (donc sous forme papier en format A4, ce qui est quand même hach’ment mieux, on en conviendra, que cette présentation virtuelle).

Pris de SPAM ? Yogi Tougoudou a LA solution

18 mars 2009

> Message du 12/03/09 16:22
> De : “Alain”
> A : yogitougoudou@chakra.net ;
> Copie à :
> Objet : je ne vais plus a la fnac
>
> Bonjour,
> La semaine derniere, je suis alle a la Fnac pour m’acheter des logiciels et j’ai ete abasourdi par les prix. Ils sont fous. Alors j’ai cherche sur google et j’ai trouve un site top (lien du site) tu me diras ce que tu en penses mais payer 10% du prix public, j’ai pas trouve mieux. Tu peux telecharger tous les logiciels des plus grandes marques de suite.

 

Ami, sais-tu qu’il est possible de faire mieux encore ?

En pratiquant assidûment le détachement, puis le renoncement aux choses de ce monde, tu obtiendras Moksha, la Libération.
Ainsi le prix de tel ou tel produit ne sera bientôt plus une source de soucis pour toi.

Malheureusement, Ami, pour cela, je ne détiens aucun programme que tu eusses pu utilement télécharger. Mais ne désespère pas, Ami, le programme est déjà en toi ; pour l’ouvrir, il te suffit juste de faire preuve de patience et d’abnégation.

Je te souhaite, Ami, une journée emplie de soleil.

Om.

La quantique des moeurs

10 mars 2009

J’aime bien être dans un bus - enfin surtout quand il roule, mais heureusement, c’est généralement la règle. Je préfère ce type de transport en commun plutôt que le métro ou le train ; le métro, y’a rien à observer alentours sauf la tête du voisin - qui me dévisage ou qui détourne le regard lorsqu’il croise le mien (ah, c’est féroce l’ambiance du métro) ; le train, ça va trop vite pour le prendre le temps d’observer (enfin, ça dépend lesquels) ; pis de toute façon, souvent y’a rien de particulier à observer.

Le bus, en général - ah, ça y est, j’peux pas m’empêcher d’faire dans l’abstraction - ça circule en ville ; du coup ç’est soumis aux aléas de la circulation et ça prend un rythme plus humain, un rythme parfois lancinant qui permet ainsi de porter aux yeux de l’observateur attentif, une profusion de petits détails singuliers.

Finalement, le bus c’est assez yoga dans le fond. On est passif, spectateur. On est témoin du spectacle qui se déroule devant nous - de là à dire qu’on se rapproche du Témoin…

Alors que je rentrais chez moi - en bus hein, pas en vélo, paske sinon, bah j’aurais plutôt causé du biclou en préambule - je laissais aller vagabonder mon regard dans le décor urbain ; là, je tombai sur un panneau publicitaire affichant le visage de l’actrise Sharon Stone, posant pour je ne sais quel produit de beauté à la con.

Pourquoi me suis-je arrêté à son visage ? Pourquoi ce détail du réel qui s’offrait à mes yeux a-t-il fixé ma rétine ? Peut-être ce côté irréel justement, qui détonnait par rapport à l’ensemble.

Faut quand même avouer qu’il y a quelque chose de pas normal, enfin j’veux plutôt dire de pas humain dans ce visage. Bah quoi ? Sharon Stone elle a plus vingt ans - et depuis bien longtemps. Y’a çà et là sur le net, des sites où on peut trouver des photos comparatives : Sharon Stone, si ça reste une belle femme, c’est plus une jeune femme. Mais quand on regarde sa photo sur l’affiche, on dirait qu’elle vient de souffler sa trentième bougie.

Oh, bien sûr, y’a plus grand monde qui est dupe : bistouri, photoshop, et tutti quanti… Oui mais voilà on veut créer l’illusion. Et beaucoup ont envie d’y croire, à cette illusion. Et pourquoi ? Et laquelle d’abord ? Celle de l’éternelle jeunesse ?… Y’a d’ça ; c’est un peu l’idée d’un instant d’éternité : fixer pour toujours un instant.

Alors que mon bus continuait son bonhomme de chemin, alors que je laissais ma pensée errait,  comme à l’accoutumée, dans je ne sais quelle sphère éthérée de mon esprit vaporeux, je me saisis de mon portable. Pourquoi ? Franchement, j’en sais rien. Peut-être tout simplement pour regarder l’heure - j’ai pas de montre. Alors j’l'allume - bah ouais, mon portable y’est toujours éteint ; oh, mon portable et moi, c’est toute une histoire d’indifférence vécue réciproquement et voulue unilatérement (j’ose espérer, que malgré les progrès de l’intelligence artificielle, mon portable n’a pas encore de volonté propre) ; oh pis non, j’crois qu’en l’éteignant, c’putain d’portable, j’ai l’impression d’avoir un semblant de pouvoir sur le réel, sur ce réel quotidien, qu’à l’instar de Gombrowicz, je trouve chaotique, angoissant, asphyxiant.

Enfin bref, tout çà pour dire que j’allume mon portable - hé, ça c’est d’l'action, hein ? on s’ennuie pas quand je raconte une histoire, hein ? Et je l’regarde s’allumer. Bah faut dire, mon portable c’est un ancien modèle - c’est pas le talkie walkie non plus, mais c’est pas non plus la tablette de chocolat d’aujourd’hui (et ni la micro-puce insérée dans l’fin fond d’son cul de demain - ou d’son nez, ou d’son vagin, ça dépendra d’où qu’on va mettre le plus souvent ses doigts). Donc i’ met l’temps pour s’allumer ; donc j’ai l’temps pour le regarder s’allumer ; donc j’ai l’temps pour m’faire chier à le regarder s’allumer… et tout le temps pour que ma pensée elle recommence à s’agiter (et ça s’dit yogi…).

Et j’me dis : ” Mais pourquoi tu te plains ? Pourquoi ça t’fait tellement chier d’attendre que ton portable i’ s’allume ? Pourquoi ça t’énerve qu’il affiche aussi lentement le menu ? Pourquoi t’es si pressé ” ? Et je repense à un de mes amis qui a un portable du dernier cri. C’est bien simple, n’importe lequel de ses désirs est réalisé instantanément : y’a envie de bavasser avec trois-quatre femelles sur tronchebook ? i’ peut aller surfer sur le net d’son portable quand i’ veut d’où qu’i'veut ! Bon sang, mais si je lui passais l’mien, i’ m’traiterait de sauvage, d’archaïque avant que d’m'étrangler en toute honnêteté !

Et là j’me dis : ” Mais pourquoi on veut toujours aller vite ? Pourquoi mes contemporains, pourquoi la société dans laquelle je baigne n’a plus que cette idée en tête que d’aller vite, toujours plus vite ” ?

Oh oui, alors j’aurais pu m’dire qu’on est dans une société hédoniste, où ce qui importe c’est la satisfaction du désir. Mwè, mwè, mwè… Encore une fois, y’a d’çà, mais ça me satisfaisait pas. Je sais bien que si on suit une certaine pensée héritée de feu FREUD (feufreud ! Wooah !… non ? ah bon), le désir est tyranique ; dès lors son assouvissement paraît devoir être instatané tant la délivrance de la souffrance que son insatisfaction engendre est impérieuse. Mais j’sais pas, ça m’laissait quand même sur ma faim…

La réponse, c’est le lendemain que je l’aurais, durant un déjeuner avec un des mes meilleurs amis - un autre, pas celui au portable dernier cri (j’précise pour celui au portable dernier cri, qui, des fois, passe lire mes billets). Notre conversation bifurqua un temps sur la physique quantique. Mon ami m’exposa alors un principe de cette pensée, en cette formule : ” Plus tu vas vite, plus le temps s’arrête “.  Pour expliciter la formule, il l’illustra par un exemple : si nous allions à la vitesse de la lumière, tout nous paraîtrait immobile…

Wouaw ! Put…heu… Réka ! J’avais la réponse ! Repensant à mes anciennes lectures, dont surtout celles des ouvrages de Norbert ELIAS, je me souvins que, selon lui, les normes culturelles venaient de l’élite pour se répandre dans la masse. Finalement je me suis dit que l’idée avancée par la physique quantique avait fait son chemin ; oh, certainement, sous l’effet de la vulgarisation, sa portée en avait été déformée et avait quitté son champ d’application initial : la règle avait pris désormais une coloration métaphysique, existentielle.

Voilà, un peu à la manière de Roland BARTHES, je venais de découvrir une des mythologies de notre culture - soit dit en passant, c’est un peu rassurant : il y aurait encore une culture en Occident. Selon cette croyance, plus on va vite, plus on a le temps puisque finalement il tend à s’arrêter. C’est pour çà que tous les gens i’ courent dans tous les sens tout le temps : en vérité, je vous le dis, il gagnent du temps. Enfin, ils gagnent plutôt sur le temps : en allant toujours plus vite, on empêche que le temps s’écoule ; en allant toujours plus vite, on acquiert indirectement une maîtrise sur le temps ; en allant toujours plus vite, on empêche que ses effets nous atteignent, on fait barrage au cortège des sombres évènements qu’il colporte (les accidents, la maladie, la vieillesse, la mort, etc…) ; les évènements ne nous surprennent pas, nous pouvons les voir venir. Plus nous allons vite et plus nous gardons la maîtrise de notre vie !

Wouaw ! Finalement elle est terrible cette croyance ! Elle porte en elle la promesse que nous vaincrons notre pire ennemi, le Temps, en abolissant son règne…  

Enfin, j’ai compris : l’essentiel c’est d’aller vite ; après ce que nous faisons, on s’en fout ; bah ouais, comment ça pourrait avoir de conséquences, vu que le temps s’arrête ?…

D’ailleurs qu’est-ce tu fais encore là à me lire ? T’as pas compris ?! Mais regarde-toi, t’as d’jà une ride qui se pointe sur ton front que t’as tout plissé en me lisant ! Allez, dépêche-toi, cours avant que le temps ne te rattrape… Cours vite !

L’ Orang outan, ce frère qui souffre tant…

23 février 2009

Ca faisait déjà un bon moment que je voulais publier un billet consacré à mes p’tits chouchous : les orang outan.

Comme j’ai enfin trouvé un p’tit scénar’ me permettant de mettre en scène un orang outan dans son cadre naturel, j’me suis dit que c’était l’occasion de présenter quelques travaux réalisés sur le sujet.

Je ne sais pas d’où vient mon attachement et depuis quand ça remonte. Du plus loin que je me souvienne, je crois que j’ai toujours été subjugué par le visage du mâle dominant.

Mais je me suis devenu vraiment fana de l’orang outan après la lecture d’une légende indonésienne, la Princesse Pourbasari - on peut la retrouver dans la collection des contes - naguère - publiée par les éditions Gründ.

J’ai eu la chance de les voir évoluer dans leur milieu naturel (la jungle tropicale du sud-est asiatique) ; ça restera pour moi un moment merveilleux, empli de magie - souvent, j’ai envie d’en parler comme d’une expérience d’ordre mystique, et à croire l’ouvrage Souvenirs d’Eden de la célèbre primatologue Biruté GALDIKAS, ça n’aurait rien d’étonnant.

Malheureusement, notre civilisation engagée dans la voie du désenchantement, de la désincarnation, détruit, plus ou moins consciemment, tout ce qui est ou évoque le vivant ; dont un de ces plus beaux représentants : l’Orang outan.

Si vous voulez en savoir plus sur cet être magnifique - et l’aider - je vous invite à visiter le site de l’organisation de Biruté GALDIKAS : http://www.orangutan.org/

La pluralité des points de vue (III)

9 février 2009

Ce conte ancien, attribué tantôt à la mystique soufie, tantôt à la tradition indienne (hindouiste ou bouddhiste), est connu sous plusieurs versions, la plus connue étant sans doute celle, datant du XIXème siècle, du poète américain John GODFREY SAXE, dont je vous propose la traduction suivante :

Six hommes d’Hindoustan, très enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l’observant, puisse satisfaire sa curiosité.

Le premier s’approcha de l’éléphant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s’exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l’éléphant ressemble beaucoup à un mur ! »

Le second, palpant une défense, s’écria : « Ho ! qu’est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu ? Il ne fait aucun doute que cet éléphant extraordinaire ressemble beaucoup à une lance ! »

Le troisième s’avança vers l’éléphant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s’écria sans hésitation : « Je vois que l’éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! »

Le quatrième, de sa main fébrile, se mit à palper le genou. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! »

Le cinquième toucha par hasard à l’oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble le plus l’éléphant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique éléphant ressemble à un éventail ! »

Le sixième commença tout juste à tâter l’animal, la queue qui se balançait lui tomba dans la main. « Je vois, dit-il, que l’éléphant ressemble beaucoup à une corde ! »

Et ainsi ces hommes de l’Hindoustan se disputèrent fort et longtemps, chacun soutenant son opinion obstinément et à l’excès

Quoique chacun ait eu raison en partie, pour l’ensemble tous avaient tort !

La pluralité des points de vue (II)

5 février 2009

 En gros voilà ce que ça dit, telle que j’ai pu la comprendre - d’emblée je prie les puristes de bien vouloir me pardonner si je ne restitue que très imparfaitement la théorie ; à ma décharge, ça fait un p’tit moment que je ne lis plus Nietzsche, et je reconnais ne pas être un de ses spécialistes (bien loin de là) :

Le postulat de Nietzsche c’est la volonté de puissance (perso’, j’ai compris - et comprends toujours d’ailleurs - ça comme synonyme d’instinct, et aujourd’hui plus encore, depuis que j’ai lu L’Agression de Konrad LORENZ). Dans notre monde, la vie est volonté de puissance, elle veut se développer, s’étendre, s’accroître, etc…, elle veut exprimer la puissance qu’il y en a elle : volonté munie d’un formidable pouvoir d’accomplissement.  Nietzsche utilisait souvent à ce propos l’image de l’ectoplasme qui étend ses pseudopodes.

Tout être vivant est donc mû par cette volonté de puissance, qu’il exprime dans tous les domaines. Prenons un exemple. Parmi les êtres vivants, il y a bien entendu les êtres humains. Pour faire encore plus pratique, choisissons comme témoins, un certain type d’êtres humains (encore que parfois, je me demande en quoi ce type se distingue des êtres animaux) : les occidentaux contemporains dits « civilisés ».

Voici qu’une discussion est entamée entre deux individus du genre pris pour témoin, au sujet, par exemple, de sa vision du monde, l’un défendant une approche anthropomorphique, l’autre soutenant la méthode scientifique. A priori il s’agit d’un échange ; mais, dans la perspective de la volonté de puissance, il s’agit plutôt d’une confrontation : chacun va tenter d’imposer à l’autre son point de vue. C’est normal, chacun, parce qu’il est mû par cette volonté de puissance, veut affirmer sa vision de la réalité car, par là-même, il s’affirme avant tout (volonté qui exerce sa puissance) ; tel l’ectoplasme qui étend ses pseudopodes pour conquérir le monde, pour se l’approprier, nous voulons, en étendant notre pensée au monde, le faire nôtre.

Mais voilà, pour chacun de nos deux protagonistes, c’est sa vision de la réalité. Et c’est ici qu’intervient l’autre construction de Nietzsche : le perspectivisme (qui on va le voir est une conséquence du postulat de la volonté de puissance). Cette vision de la réalité que chacun tente d’imposer, c’est la perception qu’il en a, c’est la réalité telle qu’il la perçoit, et j’ai même envie de dire, telle qu’il la voit (je me souviens qu’entre nos deux organes de perception que sont l’œil et l’oreille, Nietzsche, accordait sa préférence à cette dernière, sans doute parce qu’il était musicien, mais aussi parce qu’il estimait qu’elle permettait une compréhension plus profonde du monde que les yeux).

Ainsi qu’il a été dit plus haut, la volonté de puissance est, avant tout chose, vie, et prend donc source dans un corps, compris à la fois comme organisme mais aussi comme siège de perceptions, de sensations, d’émotions, etc. … C’est à la fois sa force mais aussi sa limite (parler de limite quand on parle de Nietzsche, c’est sans doute hérétique, mais comme je l’ai dit plus haut, je ne prétends pas - et heureusement - être son meilleur interprète) ; limite car la volonté de puissance ne peut s’exercer que par ce biais. Appliquée à notre cas pratique, l’assertion signifie que chacun perçoit le monde, d’abord selon ces modes de perception, mais aussi selon ses ressentis, ses affects, ses catégories d’interprétation, issue de son vécu (expériences, idées transmises par les parents, la société, etc. …). Chacun n’a donc qu’une vision nécessairement partielle de la réalité : celle que lui donne la perspective que constitue son corps ; cette vision n’est pas totalement fausse, elle n’est pas totalement vraie pour autant (je crois me souvenir que Nietzsche qualifiait cette vision nécessairement tronquée de « fausseté ») ; mais chacun, étant mû par la volonté de puissance, va tenter, j’ai envie de dire un peu malgré lui, de faire passer sa « fausseté » pour la Vérité…

Sous cet aspect du perspectivisme - la « fausseté » ou tout du moins la pluralité des perspectives - Nietzsche, n’a pas, selon moi inventé grand chose. Le seul mérite qu’on peut, à ce niveau, lui reconnaître, est d’avoir introduit cette idée d’une pluralité de points de vue dans la culture occidentale. Bah oui, parce que chez les orientaux, l’idée existait depuis très longtemps. C’est la fameuse allégorie des aveugles et l’éléphant…

La pluralité des points de vue (I)

4 février 2009

A l’intention de Romook,

En guise de préambule, et pour faire écho au titre d’un ouvrage philosophique, je me livrerai un peu à la généalogie de ma morale – mais qu’on se rassure, je ne vais pas la faire longue.

Je me rappelle que pendant mon enfance, je me suis toujours demandé comment distinguer une bonne d’une mauvaise action. Je pense pouvoir attribuer l’origine de la question à ma mère : une même action pouvait, selon ses humeurs, rencontrer son approbation ou, à l’inverse, encourir sa réprobation. Bref, vous l’avez compris, c’était pas évident pour s’y retrouver. Surtout qu’à la clé, la sanction n’était pas la même : florilège de baisers ou fricassée de fessées au menu (au passage, pour le lecteur curieux et amusé, je signale que j’ai eu des fessées jusqu’à un âge avancé ; hé oui…) – certes, comme aurait pu dire Swami VIVEKANANDA, il n’y a là qu’une différence de degré, non de nature (et « Ceci est Mayâ » comme il avait coutume de dire), mais je vous promets, la différence on la sentait.

Cette situation a créé chez moi une certaine propension à l’inaction – ma mère devait pourtant distribuer baisers et fessées à égalité, mais la peur du déplaisir représenté par la fessée a dû être chez moi plus forte que le désir procuré par l’idée du baiser - mais également à la réflexion. Finalement quel est le critère permettant de distinguer une bonne action d’une mauvaise action ?

Bon, je rassure tout le monde, c’est pas enfant que j’ai pu ainsi formuler la question. Elle commença à se dégager à l’époque où je me plongeais dans les écrits de différents philosophes – donc lorsque j’étais jeune adulte (traduction : adolescent moins tracassé par ses problèmes de peau et les filles – ou les garçons, pas de discrimination).

Mais à leur lecture, ce qui me frappa en premier, c’était finalement la diversité des opinions avancées, et par là-même celle des morales proposées.

Putain, mais dans tout ce bordel, c’est quoi qui est bon, c’est quoi qui est mauvais ?

A cette question (oui je confirme, c’est la même que tout à l’heure), un philosophe m’apporta un début de réponse : c’était NIETZSCHE et son perspectivisme.

« Houlalà, rien que le nom déjà ça sent la théorie fumeuse » ! Bah, pas tant que çà, à vrai dire…

 

Shivoham

2 février 2009

Ci-dessous, quelques extraits, planches en cours et autres croquis réalisés dans le cadre de la BD que je destine au prochain numéro du fanzine BAHNIWE, et que j’ai intitulée ” Shivoham “.

Je préfère pour l’instant ne pas dévoiler la trame de l’histoire et attendre pour cela, que la plupart de mes planches soient bien avancées. Cela étant, je pense les extraits proposés permettent déjà de se faire une petite idée…

Rêves d’adulte

2 février 2009

Bon, c’est bien de disserter sur le monde, c’est mieux de l’illustrer (enfin, c’est mon point de vue).

Alors que dans un billet récent, il était question de la nécessité pour l’être humain de devenir enfin ” adulte “, voici quelques travaux tirés d’un projet de BD scénarisé par Mister LANCE STRAPONTIN, dont le titre (peut-être provisoire) est ” rêves d’adulte ” et dont les idées sous-jacentes font écho à celles exprimées dans le billet en question.

P.S. : pour voir ces travaux un peu plus en détail, vous pouvez utilement vous reporter à la catégorie répertoriée sous le même nom dans mon bloug.