Le voeu de l’elfe
Lundi 24 mars 2008Le vœu de l’elfe
Je monterai haut
A toucher le soleil
De mes ailes en feu
Jailliront les étoiles
Que les fées déposeront
Sur les yeux des mortels
Pour qu’enfin ils voient
La divine étincelle
Le vœu de l’elfe
Je monterai haut
A toucher le soleil
De mes ailes en feu
Jailliront les étoiles
Que les fées déposeront
Sur les yeux des mortels
Pour qu’enfin ils voient
La divine étincelle
Le jeudi 13 mars 2008, on apprenait dans les journaux (du métro, en tout cas - moi c’est ceux que j’lis parce qu’ils sont gratis et que j’comprends c’que j’y lis), la mort du dernier Poilu français et la disparition des tigres de la surface du globe.
Deux faits, bruts, balancés comme çà, à la face du lecteur, plantés dans ses orbites à la mode des médias. Deux faits donc, qui a priori n’avaient rien en commun, deux faits étrangers l’un à l’autre, en l’absence de tout rapport quelconque de causalité ; et pourtant deux faits qui se trouvaient réunis, de manière incongrue, qu’une volonté (humaine ?) avait décidé de se faire côtoyer, par le biais de l’écriture journalistique.
C’en était trop… Il devait y avoir du sens… Fatalement - Fatalement car j’étais condamné à trouver du sens - condamné à cette issue si je ne voulais pas souffrir face au Chaos, de ce néant que me jetait en pâture ces médias inconscients (immatures ?) !
C’est alors que la méthode gombrowiczéenne d’appréhension du Réel (ah ! J’aimerais bien l’appeler méthode paranoïaque-critique, mais elle est déjà prise) se réactiva en moi.
Il devait y avoir là un lien (des liens mêmes) - forcément. Subjectif(s), forcément. C’était moi qui allait construire (comme un pur gombrowiczéen) ou deviner (comme un vrai chaman) une réalité, ma réalité - une réalité qui aurait du sens.
Cherche Yogi, cherche Tougoudou. Un premier lien : je l’établis du côté d’un des éléments mis en présence : le Tigre. Je pense à Clémenceau, ce ministre de la guerre, ce ministre de la Grande Guerre, comme on l’appelle, celle des Poilus, et donc par extension le Grand Chef des Poilus français ; et Clémenceau, on l’appelait pas « le Tigre » (d’où le surnom donné à ses célèbres brigades).
Mais cette piste (ah ! cette méthode de l’enquête policière (cf. Cosmos de Witold Gombrowicz) se révèle assez vite, pour moi, infructueuse.
Cherche Yogi, cherche Tougoudou. Un second lien se fait jour. Il me convient mieux, je le trouve plus puissant que le premier car il transcende ses deux extrémités ; ce lien c’est le poil (un des journaux titrait d’ailleurs au sujet des tigres : « les tigres perdent de plus en plus du poil de la bête »)…
Qu’est-ce que le poil (symboliquement parlant j’entends, bien évidemment) ? Il cumule deux représentations : la maturité d’une part, l’animalité d’autre part.
Le poil c’est d’abord le signe le plus évident de la maturité, bien entendu sexuelle, mais pas seulement. Le poil évoque l’adulte : capacité de procréer, capacité à se responsabiliser - maturité physique et psychologique donc.
Le poil c’est aussi l’empreinte de l’animalité, voire la bestialité, qui subsiste en nous ; c’est ce qui évoque immédiatement, infailliblement, cette part, ce reste de Dame Nature que conserve l’être humain.
Mais mon dieu, cachez-moi ce poil que je ne saurais voir ! Et c’est là que se fait le nœud (Gombrowicz, un yogi ?) ; oui, car ce poil, aujourd’hui, n’a plus la cote chez nos contemporains ; aujourd’hui, on préfère le faire disparaître, lui supprimer toute existence, à ce poil. Le poil n’est plus au… poil. Je me trompe-je ? Et toute cette frénésie liée au monde de l’épilation, alors ? Même les hommes s’y mettent (va donc faire un tour sur Youporn (à entonner sur la mélodie bien connue du groupe Matmatah)!
Pourquoi ? Selon certains spécialistes[1], couper le poil c’est agir sur la Nature, et donc d’une certaine manière, la maîtriser. Couper le poil c’est donc afficher sa maîtrise sur la Nature. Moi quand je me rase, que je m’épile (je l’ai fait intégralement une fois - sauf les fesses) c’est pour montrer que je suis capable de contrôler ma partie animale. Mais, à la vérité, est-ce que ce n’est pas plutôt la refouler ? Est-on bien sûr que par ce geste on la dompte ? N’est-ce pas plutôt une maîtrise feinte ? Moi je me dis plutôt que cette signification du poil nous gêne, ne nous plaît pas, qu’on sait que c’est là mais qu’on veut pas le voir (politique de l’autruche ?)
Problème : si on coupe le poil, symboliquement, et paradoxalement, on retranche du même coup l’autre signification du poil : la maturité. Finalement notre prétendue maîtrise du monde animal, de la Nature, se solde par une immaturité, peut-être pas (ou peut-être inconsciemment) revendiquée, mais clairement affichée.
Et là on baigne dans la thématique - chère à Gombrowicz - de l’immaturité, celle de notre société, et mondialisation oblige, de notre… monde.
Nos poilus disparaissent et ne reviendront plus. Nos tigres disparaissent et ne reviendront plus. Tous ces êtres faits de poils disparaissent et ne reviendront plus. Le monde s’enfonce alors dans l’immaturité. En termes d’évolution (ce grand constructeur comme dit Konrad Lorenz), ce mouvement ne peut qu’être qualifié que de régression.
Un Hindouiste y verrait là une preuve de plus, un signe tangible du Kâli-Yuga (je vous le dis Gombrowicz c’est un yogi qui s’ignore). Les yogis - pour qui le mouvement de la respiration constitue l’un des principes essentiels - diraient certainement que, tout comme l’expiration qui succède à l’inspiration (et vice-versa), à une phase évolution, doit correspondre une phase d’involution (et vice-versa). Le Monde retourne petit à petit vers le néant, l’entrée dans une ère d’immaturité n’en étant que le signe avant-coureur.
Hé ! La boucle est bouclée : Le chaos surgissait des pages des journaux - le chaos est la conclusion logique qui se profile à l’horizon !
Tout le monde vous le dira, j’ai le cul poilu, et pas qu’un peu ; mais jamais (au grand jamais - merci de votre intervention Mr. Manatane) je ne me ferai ôter les poils des fesses et de la raie (et oui là aussi), même si par ce geste, je me condamne à faire partie de ceux dont l’extinction rapide est programmée.
En vous remerciant, bonsoir (Mr. Manatane forever).
