Archive pour octobre 2008

Le mythe s’émiette

Mardi 28 octobre 2008

Ahlalà, les héros sont fatigués… C’est dur d’être et d’avoir été…

De qui veux-je parler ? Du Suprême, Le Suprême NTM, le groupe mythique et emblématique du Rap français mené par deux personnalités fortes qu’on ne présente plus : Joey Starr et Kool Shen.

Le Yogi, l’est un fan de la première heure. Pensez, le premier album de ma discothèque c’était “Authentik ” (que j’avais acquis lors de sa sortie, en 1990 - ça date, hein ? Plus tout jeune l’Yogi, hein).

Pensez aussi, que comme tant d’autres, j’étais tout triste en apprenant leur clash larvé. Des trucs comme çà, ça d’vrait pas exister, nin de dju !

Alors pensez comment qu’j'étais content lorsque j’ai appris que le Suprême se reformait le temps d’une tournée ! Ahlalà, moi qui n’avais pas eu la chance d’être au Bercy 98 - j’avais été à un de leur concert en 1995, à Maubeuge (si, si), mais ça m’avait pas plus marqué qu’çà - j’m'attendais à revivre la grande époque, le summum du Suprême !

Alors, p’tit Yogi, i’ s’en va chercher sa place pour le concert au Zénith de Lille, qui aura lieu le 24 octobre 2008. Alors, p’tit Yogi, i’ l’attend l’grand moment. Oh, p’tit Yogi, il est impatient, très impatient (mais qu’est-ce qu’on attend… ?).

Et pis, v’là l’grand jour qui arrive. Ohlalà !…

Ohlalà, la déception ! Putain, c’est loin, tout çà c’est loin !

Bon, qu’on s’comprenne, j’vais pas donner un jugement, j’suis tellement parti pris que j’vais pas arriver à objectiver ; j’vais donner mon sentiment (qui est plutôt négatif).

Commençons par un aspect formel : le son. Je sais pas c’qui’z'ont foutu, ou si i’s’sont dit que, vu qu’i'viennent chez les chtis, i’vont pas s’faire tchier (pour que ça sonne brin), mais alors l’son il était plutôt pourrave - du bruit (comme dirait l’ami Joey). C’est pas qu’c'était assourdissant, mais c’était souvent inaudible ; sérieux, y’avait intérêt à connaître les chansons pour savoir ce que les comparses du Suprême entonnaient. Franchement, ils auraient pu chanter en Flamand que ç’aurait été le même ! Et pareil pour la zic’ ! Un magma informe dont on avait grand peine à distinguer une phase musicale reconnaissable.

Tient, en parlant zicmu, i’z'ont fait v’nir des musicos sur scène ! Ouais. Avec de vrais instruments (basse, guitare, batterie et synthé), quoi ! Bon, franchement j’suis pas vraiment convaincu de l’intérêt. Ok, NTM, c’est la réputation d’un groupe ” live “, d’un groupe qui a forgé sa notoriété sur ses prestations scéniques, sur son authenticité en concert. Mais bon “ live “pour un groupe de hip hop veut pas dire nécessairement vrais instruments. Bien au contraire même ; dans le hip hop, à la base, les maîtres du son ce sont les deejays (mais les gens le savent) - oui, bon, ok, il y a des exceptions (et attention, c’est pas des p’tites) comme les Beastie Boys ou les Roots, mais ce sont des groupes, qui dès le début, ont évolué dans ce style. Pour le Suprême, là, à mon avis, faire venir des muzicos c’est pas très cohérent. Le Suprême c’est avant tout un son de Dj, fait par des deejays de renom et de qualité : Dj S, Dj Clyde, Dj Spank, Lucien, etc… Bon on peut voir çà comme une innovation, à laquelle mon esprit borné est resté fermé ? Peut-être… Ah c’est sûr, on peut pas reprocher à un groupe de se renouveler. Mais bon sang, ici i’ s’agissait pas de changer, mais de se retrouver, de retrouver le Suprême qu’on connaissait…
A mon avis, mon gros problème je crois, c’est que je me fixe trop sur le concert de Bercy en  1998. Bon, ok, j’admets, j’y étais pas (alors pourquoi tu parles, diront d’aucuns) mais n’empêche, après l’avoir vu en vidéo, là j’me suis dit, Joey et Shen c’est des maîtres, des vrais bêtes de scène ; et je crois que le 24 octobre, j’voulais retrouver çà… Et comme j’l'ai pas eu, bah, c’est pour çà que je suis un peu déçu.

En même temps (et deuxièmement), gros reproche au sujet des choix musicaux : les deux compères ont tronqué la plupart des morceaux. On avait plus affaire à un medley. Exemple : mixage du ” Monde de demain ” avec les deux ” C’est Clair ” (couplets du C’est Clair de 1993 avec refrain de celui de 1990), juste le premier couplet de ” La fièvre “, de “C’est arrivé près d’chez toi “, ” Back dans les bacs “, etc… ça f’sait un peu pitié quand même. Au final, je sais pas combien de morceaux on a eu vraiment en entier… En revanche les titres qu’ils ont fait en solo, là on les a eu intégralement (j’connaissais rien - hormis les trucs de Kool Shen, que j’trouve - excuse Double O - assez nazes).

Ah ouais, j’allais oublier la meilleure !  Le truc de débile : la menace de nous fourguer, à nous public, en guise de punition, au cas où on donnerait des signes de fatigue, des titres ringards des années 8O. Mais bon sang qui a eu cette idée ? Ma soeur, qui m’accompagnait, me faisait judicieusement remarquer que ça faisait ambiance fêtes de mariage.  Exactement - La HONTE ! C’est la volonté de surfer sur la vague nostalgique ” eighties ” ou quoi ? ! Bah bonjour l’intégrité alors ! Si ça c’est pas commercial (l’argent pourrit les gens, j’en ai le sentiment). Pis si c’est pour nous faire oublier qu’i’sont quadras, z’ont pas choisi la meilleure méthode…

Non, non, c’est clair (t’as le toucher Nick Ta M…) : si vous allez voir un de leur concert de leur nouvelle tournée, faut surtout pas avoir à l’esprit et comme repère le Bercy 98. Pour autant, moi, le 24 au soir, c’était assez difficile de pas faire la comparaison, parce que tout y invitait.  Ainsi, le déroulement du concert et les arrangements scéniques étaient quasiment les mêmes. Exemple : Ouverture avec ” Seine Saint-Denis Style ” , ” Qui paiera les dégâts ?” avec la foule qui crie “Hey, ho !” (ou ” Ho-ah ! ” pour ” Thats’ for my people “), on allume dans le noir briquets et portable avant de lancer ” Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? “, final avec ” IV my people “. D’ailleurs les “guest-stars” étaient les mêmes (manquait toutefois Jazz d’Afrojazz pour ” C’est arrivé près d’chez toi “) : Lord Kossity, Busta Flex et Zoxea.

Enfin, ce qui faisait tout l’attrait du groupe, tant sur scène qu’en album, la fameuse complémentarité des deux compères, bah franchement là, j’ai un gros doute : je veux dire que je doute que les deux partenaires de la maison mère se soient vraiment retrouvés… Ok, c’est du feeling, mais, si vous assistez à un leur de concert, je vous invite à comparer leur gestuelle, leur attitude avec celle sur Bercy 98, et vous verrez… Perso’, j’pense que le Joey i’ peut toujours pas saquer l’ami Shen.

Dans un numéro hors-série du magazine Groove, l’auteur concluait en écrivant (je cite de mémoire), les meilleures choses ont une fin, et c’est comme çà que se créent les mythes. Ouais mais les mythes, ça laisse des trous (oui, je crains, je sais) ; avec le Suprême, le trou laissé était immense ; ouais… Mais à l’heure de la reformation, à l’heure de la nouvelle tournée, moi j’voudrais avoir un trou de mémoire : oublier ce que j’ai vu pour ne garder que le mythe…

Juste un instant…

Jeudi 9 octobre 2008

Ah le matin, au petit matin (enfin, faut pas exagérer non plus, paske l’Tougoudou, c’est loin d’être un parangon du mâtinal)  ! Quand on trace, qu’on s’affole, qu’on s’carapate pour  aller choper ce métro, qui nous emmènera au boulot (et qui plus tard nous ramènera pour le dodo) ! Oh, je sais (prenez-bien la moue à Gabin pour le dire, si, si, ça l’fait), je fais pas dans l’originalité  - parler de ce fameux « homme pressé » (Big up à Noir Désir) en prologue, mon dieu, qu’est-ce que c’est lieu commun !… Et bah ça s’ra comme çà ! (pour un coup qu’j'écris, on va pas comment à braire, brin).

Alors voilà que l’Tougoudou (pas très Yogi, j’suis stress’), i’ déambule comme c’t'homme pressé dont j’viens précédemment de causer, arpentant le trottoir en trottinant comme une trompette (bah oui, quand j’marche, j’dandine du cul) - vite, vite, qu’j’suis en retard, que d’toute façon j’le savais déjà en m’levant, mais que j’arrive pas à m’débarrasser d’un sentiment coupable pompeux et dérisoire - et pis, voilà : je regarde le ciel - putain, non, non, trace, fonce, quitte pas le sol des yeux !

Je marche, le rythme se ralentit (peut-être simplement mentalement, la cadence physique restant, elle, sans doute la même), les fluctuations de la pensée cessent - je regarde le ciel…

Bah oui, mais même quand j’course, c’est plus fort que moi, faut que mon côté contemplatif i’ s’exprime (le retour du Yogi quoi) ; alors v’là que j’suis hâpé par le ciel, bleu  - putain c’est qu’il est bleu, c’te ciel ! Tu sais, biloute (dire qu’c'est à la mode maintenant, le ch’ti, alors qu’au XIXe siècle, on s’échinait à le faire disparaître), du bleu comme çà, chez nouz’autes, ch’est rare. Oh, puis ça ressemble un peu - beaucoup - au bleu d’hiver, ce bleu si brillant, si intense, si pur ; certes, un peu - beaucoup - froid mais tellement éclatant que ça réchauffe.

Alors, voilà, voilà que l’instant me gagne, que sa beauté commence à se faire jour - non !  Même pas, j’dis des conneries : i’ m’a saisi c’t'instant ! Ouaich ! Oh, allez, y’a p’têt eu un p’tit écoulement de temps, le temps que j’découvre cette beauté totale de l’instant. Comment que j’l'ai découvert ? Grâce à l’arbre sur le trottoir…  pas du genre des p’tits arbres tout rabougris, plantés là et abandonnés. Non. Un bel arbre, vigoureux, encore tout garni de ses feuilles, malgré un automne finissant. Fouchtra, qu’y'étot biau ch’t'arp’ (oh pis brin, si le francophone i’ s’y perd, dans ces quelques apartés ch’tis) !

Levant les yeux, j’voyais la belle couleur chatoyante et dorée de ses belles feuilles  resplendir dans la luminosité de “mon ” (bah, après, tout, ici, là, maintenant, y’a qu’moi qui le voit comme çà) beau ciel azuré. Leur ligne délicate se découpait dans le patron céleste. Je n’ai pu alors m’empêcher de parcourir du regard, ses feuilles, puis ses branches, puis son tronc (majestueux et voluptueux) - comme si contemplant une femme dans la rue, intrigué par son visage, instinctivement, inévitablement, je serais descendu le long de son corps vers ses jambes. Didjou, qu’i'était sensuel cet arbre ! Du coup, j’sais plus vraiment si j’ai pas commencé par regarder le tronc pour parcourir ensuite le feuillage (bah des fois, peut être souvent d’ailleurs, c’est les jambes des femmes qui m’attirent le regard - un brin fétichiste l’père Tougoudou). C’est dur de décrire un instant - le sentiment d’éternité n’est pas éternel (ça fait pompeux, qu’tu dis ?! Brin, mi ch’te dis).

Saisi par l’instant, par sa beauté, je les ai savourés - spontanément, j’ai sorti tout haut : « magnifique ! ».

Et l’arbre, lui, l’a entendu. Et l’arbre, lui, me l’a bien rendu : trois de ses feuilles se sont détachées, délicatement - instant subtil - et ont volées doucement, aériennes, m’enrobant, me nappant, deux devant, la troisième que j’aperçois en me retournant.

Car, cessant pour un temps, pour un instant - pour cet instant - ma course effrénée et imbécile, je me suis retourné vers l’arbre ; et, d’un geste amoureux de la main, je lui ai envoyé un baiser, à mon bel arbre. Merci. Merci, mon beau…

La magie est là, dieu est là, partout, mais on ne les voit pas. Al-Hamdu li-llah !