Archive pour janvier 2009

Devenir adulte… Pour le devenir de l’humanité

Lundi 19 janvier 2009

Dans un forum du net, auquel j’avais naguère l’habitude de participer, et où il était alors question des tsunamis ayant ravagé une partie de l’Asie du Sud-Est en 2006, le débat s’était focalisé sur l’explication du phénomène : certains intervenants adoptaient une démarche anthropomorphique alors que d’autres plaidaient pour l’approche scientifique.

Les partisans de la conception « magique » s’appuyaient notamment sur les mythes hindouistes tels qu’ils apparaissent au travers des épopées du Ramayana et selon lesquels, le Monde, symbolisée par une tortue, tient en équilibre sur deux dragons ; lorsque l’un de ces deux dragons s’assoupit, il se produit alors un tremblement de terre.

Les tenants de la rationalité invoquaient quant à eux la tectonique des plaques.

Cette pluralité des points de vue me rappela l’allégorie des aveugles et l’éléphant ; chacun des aveugles, à sa manière, avait raison, mais leur vérité n’était que partielle, forcément tronquée. Tous détenait une parcelle de la Vérité.

C’était idem dans le cadre de ce forum, même si d’aucuns aimeraient que la vérité scientifique soit considérée comme la seule Vérité valable.

Et il est vrai que c’est l’efficacité au niveau de la technique apportée par la science qui plaide en sa faveur. Revenons au tsunami : techniquement, la science permet d’appréhender le phénomène de telle manière que l’homme soit capable de le maîtriser (anticiper sa venue par une série d’instruments de mesure, édifier des habitations capables d’y résister, etc…).

Du point de vue de la technique, la vérité scientifique apparaît dès lors comme sans rivale. En effet une vision anthropomorphique du phénomène ne permettrait pas de parvenir à un tel résultat de maîtrise - triomphe de la science sur ce point, donc.

Mais le problème de la science, de la vérité scientifique, est que son avancée creuse notre propre abîme, car il semble en effet que, plus la science avance, plus la vie, l’univers, tout ce qui nous entoure (nous-mêmes d’ailleurs) nous apparaissent compliqués (voire très compliqués même).

Surtout, son avancée entraîne l’apparition d’une véritable angoisse existentielle. Avec la science, se pose indirectement, mais certainement, la question du sens compris comme finalité : pourquoi la vie, l’univers, pourquoi tout çà ? …

Nous ne sommes plus face aux mystères magiques, aux interrogations auxquelles tentaient de répondre nos anciennes croyances - comme peut l’illustrer, au sujet des tsunamis, la croyance dans les deux dragons.

Pourtant, ces mystères, bien qu’ils soient tour à tour intrigants et terrifiants, avaient tous une réponse et une réponse qui donnait du sens, car prenant corps dans une tentative d’explication plus vaste, plus globale du monde.

Certes cette vérité anthropomorphique, cette vérité mythique, était naïve : l’être humain se contentait de projeter sa propre psychologie sur le monde l’environnant.

Insistons sur cet aspect de naïveté de l’explication, car elle fait penser immanquablement à la situation de l’enfant qui se pose des questions. Tout comme un enfant, ce type de vérité, la vérité mythique, avait l’insigne mérite de nous rassurer, nous les êtres humains pré-scientifiques. Cette vérité donnait du sens à cet ensemble disparate, composite, sans cesse changeant, qu’est le monde, la Nature.

Et c’est là où, à mon sens, se situe l’échec de la vérité scientifique.

Effectivement elle nous a permis de quitter cet état naïf de l’enfant qui a besoin d’être rassuré. Mais elle ne nous a pas permis d’accéder à l’état d’adulte. J’en veux pour preuve le constat du stade alarmant et misérable auquel est parvenu l’évolution de l’humanité. J’ai l’impression que nous ne sommes encore que des enfants, que des parents auraient abandonnés, avec des jouets ultra perfectionnés pour nous occuper. Nous savons les utiliser mais nous ne savons pas pourquoi les utiliser…

Alors on va les employer à casser le monde qui nous pose question (on peut en effet se demander dans quelle mesure cette propension qu’a la civilisation occidentale à détruire du vivant ne traduit pas cette peur métaphysique) !

Et c’est pour çà aussi, que nous nous raccrochons à ces vieilles explications mythiques, qui nous rassuraient tant, mais qui ne nous rassurent plus autant, car nous sommes devenus moins naïfs, la science ayant ici fait son oeuvre…

A l’aube de ce XXIème siècle balbutiant, j’ai envie de dire que s’offre à l’être humain un défi impérieux : devenir enfin adulte, pour le devenir de l’humanité…