Archive pour mars 2009

Pris de SPAM ? Yogi Tougoudou a LA solution

Mercredi 18 mars 2009

> Message du 12/03/09 16:22
> De : “Alain”
> A : yogitougoudou@chakra.net ;
> Copie à :
> Objet : je ne vais plus a la fnac
>
> Bonjour,
> La semaine derniere, je suis alle a la Fnac pour m’acheter des logiciels et j’ai ete abasourdi par les prix. Ils sont fous. Alors j’ai cherche sur google et j’ai trouve un site top (lien du site) tu me diras ce que tu en penses mais payer 10% du prix public, j’ai pas trouve mieux. Tu peux telecharger tous les logiciels des plus grandes marques de suite.

 

Ami, sais-tu qu’il est possible de faire mieux encore ?

En pratiquant assidûment le détachement, puis le renoncement aux choses de ce monde, tu obtiendras Moksha, la Libération.
Ainsi le prix de tel ou tel produit ne sera bientôt plus une source de soucis pour toi.

Malheureusement, Ami, pour cela, je ne détiens aucun programme que tu eusses pu utilement télécharger. Mais ne désespère pas, Ami, le programme est déjà en toi ; pour l’ouvrir, il te suffit juste de faire preuve de patience et d’abnégation.

Je te souhaite, Ami, une journée emplie de soleil.

Om.

La quantique des moeurs

Mardi 10 mars 2009

J’aime bien être dans un bus - enfin surtout quand il roule, mais heureusement, c’est généralement la règle. Je préfère ce type de transport en commun plutôt que le métro ou le train ; le métro, y’a rien à observer alentours sauf la tête du voisin - qui me dévisage ou qui détourne le regard lorsqu’il croise le mien (ah, c’est féroce l’ambiance du métro) ; le train, ça va trop vite pour le prendre le temps d’observer (enfin, ça dépend lesquels) ; pis de toute façon, souvent y’a rien de particulier à observer.

Le bus, en général - ah, ça y est, j’peux pas m’empêcher d’faire dans l’abstraction - ça circule en ville ; du coup ç’est soumis aux aléas de la circulation et ça prend un rythme plus humain, un rythme parfois lancinant qui permet ainsi de porter aux yeux de l’observateur attentif, une profusion de petits détails singuliers.

Finalement, le bus c’est assez yoga dans le fond. On est passif, spectateur. On est témoin du spectacle qui se déroule devant nous - de là à dire qu’on se rapproche du Témoin…

Alors que je rentrais chez moi - en bus hein, pas en vélo, paske sinon, bah j’aurais plutôt causé du biclou en préambule - je laissais aller vagabonder mon regard dans le décor urbain ; là, je tombai sur un panneau publicitaire affichant le visage de l’actrise Sharon Stone, posant pour je ne sais quel produit de beauté à la con.

Pourquoi me suis-je arrêté à son visage ? Pourquoi ce détail du réel qui s’offrait à mes yeux a-t-il fixé ma rétine ? Peut-être ce côté irréel justement, qui détonnait par rapport à l’ensemble.

Faut quand même avouer qu’il y a quelque chose de pas normal, enfin j’veux plutôt dire de pas humain dans ce visage. Bah quoi ? Sharon Stone elle a plus vingt ans - et depuis bien longtemps. Y’a çà et là sur le net, des sites où on peut trouver des photos comparatives : Sharon Stone, si ça reste une belle femme, c’est plus une jeune femme. Mais quand on regarde sa photo sur l’affiche, on dirait qu’elle vient de souffler sa trentième bougie.

Oh, bien sûr, y’a plus grand monde qui est dupe : bistouri, photoshop, et tutti quanti… Oui mais voilà on veut créer l’illusion. Et beaucoup ont envie d’y croire, à cette illusion. Et pourquoi ? Et laquelle d’abord ? Celle de l’éternelle jeunesse ?… Y’a d’ça ; c’est un peu l’idée d’un instant d’éternité : fixer pour toujours un instant.

Alors que mon bus continuait son bonhomme de chemin, alors que je laissais ma pensée errait,  comme à l’accoutumée, dans je ne sais quelle sphère éthérée de mon esprit vaporeux, je me saisis de mon portable. Pourquoi ? Franchement, j’en sais rien. Peut-être tout simplement pour regarder l’heure - j’ai pas de montre. Alors j’l'allume - bah ouais, mon portable y’est toujours éteint ; oh, mon portable et moi, c’est toute une histoire d’indifférence vécue réciproquement et voulue unilatérement (j’ose espérer, que malgré les progrès de l’intelligence artificielle, mon portable n’a pas encore de volonté propre) ; oh pis non, j’crois qu’en l’éteignant, c’putain d’portable, j’ai l’impression d’avoir un semblant de pouvoir sur le réel, sur ce réel quotidien, qu’à l’instar de Gombrowicz, je trouve chaotique, angoissant, asphyxiant.

Enfin bref, tout çà pour dire que j’allume mon portable - hé, ça c’est d’l'action, hein ? on s’ennuie pas quand je raconte une histoire, hein ? Et je l’regarde s’allumer. Bah faut dire, mon portable c’est un ancien modèle - c’est pas le talkie walkie non plus, mais c’est pas non plus la tablette de chocolat d’aujourd’hui (et ni la micro-puce insérée dans l’fin fond d’son cul de demain - ou d’son nez, ou d’son vagin, ça dépendra d’où qu’on va mettre le plus souvent ses doigts). Donc i’ met l’temps pour s’allumer ; donc j’ai l’temps pour le regarder s’allumer ; donc j’ai l’temps pour m’faire chier à le regarder s’allumer… et tout le temps pour que ma pensée elle recommence à s’agiter (et ça s’dit yogi…).

Et j’me dis : ” Mais pourquoi tu te plains ? Pourquoi ça t’fait tellement chier d’attendre que ton portable i’ s’allume ? Pourquoi ça t’énerve qu’il affiche aussi lentement le menu ? Pourquoi t’es si pressé ” ? Et je repense à un de mes amis qui a un portable du dernier cri. C’est bien simple, n’importe lequel de ses désirs est réalisé instantanément : y’a envie de bavasser avec trois-quatre femelles sur tronchebook ? i’ peut aller surfer sur le net d’son portable quand i’ veut d’où qu’i'veut ! Bon sang, mais si je lui passais l’mien, i’ m’traiterait de sauvage, d’archaïque avant que d’m'étrangler en toute honnêteté !

Et là j’me dis : ” Mais pourquoi on veut toujours aller vite ? Pourquoi mes contemporains, pourquoi la société dans laquelle je baigne n’a plus que cette idée en tête que d’aller vite, toujours plus vite ” ?

Oh oui, alors j’aurais pu m’dire qu’on est dans une société hédoniste, où ce qui importe c’est la satisfaction du désir. Mwè, mwè, mwè… Encore une fois, y’a d’çà, mais ça me satisfaisait pas. Je sais bien que si on suit une certaine pensée héritée de feu FREUD (feufreud ! Wooah !… non ? ah bon), le désir est tyranique ; dès lors son assouvissement paraît devoir être instatané tant la délivrance de la souffrance que son insatisfaction engendre est impérieuse. Mais j’sais pas, ça m’laissait quand même sur ma faim…

La réponse, c’est le lendemain que je l’aurais, durant un déjeuner avec un des mes meilleurs amis - un autre, pas celui au portable dernier cri (j’précise pour celui au portable dernier cri, qui, des fois, passe lire mes billets). Notre conversation bifurqua un temps sur la physique quantique. Mon ami m’exposa alors un principe de cette pensée, en cette formule : ” Plus tu vas vite, plus le temps s’arrête “.  Pour expliciter la formule, il l’illustra par un exemple : si nous allions à la vitesse de la lumière, tout nous paraîtrait immobile…

Wouaw ! Put…heu… Réka ! J’avais la réponse ! Repensant à mes anciennes lectures, dont surtout celles des ouvrages de Norbert ELIAS, je me souvins que, selon lui, les normes culturelles venaient de l’élite pour se répandre dans la masse. Finalement je me suis dit que l’idée avancée par la physique quantique avait fait son chemin ; oh, certainement, sous l’effet de la vulgarisation, sa portée en avait été déformée et avait quitté son champ d’application initial : la règle avait pris désormais une coloration métaphysique, existentielle.

Voilà, un peu à la manière de Roland BARTHES, je venais de découvrir une des mythologies de notre culture - soit dit en passant, c’est un peu rassurant : il y aurait encore une culture en Occident. Selon cette croyance, plus on va vite, plus on a le temps puisque finalement il tend à s’arrêter. C’est pour çà que tous les gens i’ courent dans tous les sens tout le temps : en vérité, je vous le dis, il gagnent du temps. Enfin, ils gagnent plutôt sur le temps : en allant toujours plus vite, on empêche que le temps s’écoule ; en allant toujours plus vite, on acquiert indirectement une maîtrise sur le temps ; en allant toujours plus vite, on empêche que ses effets nous atteignent, on fait barrage au cortège des sombres évènements qu’il colporte (les accidents, la maladie, la vieillesse, la mort, etc…) ; les évènements ne nous surprennent pas, nous pouvons les voir venir. Plus nous allons vite et plus nous gardons la maîtrise de notre vie !

Wouaw ! Finalement elle est terrible cette croyance ! Elle porte en elle la promesse que nous vaincrons notre pire ennemi, le Temps, en abolissant son règne…  

Enfin, j’ai compris : l’essentiel c’est d’aller vite ; après ce que nous faisons, on s’en fout ; bah ouais, comment ça pourrait avoir de conséquences, vu que le temps s’arrête ?…

D’ailleurs qu’est-ce tu fais encore là à me lire ? T’as pas compris ?! Mais regarde-toi, t’as d’jà une ride qui se pointe sur ton front que t’as tout plissé en me lisant ! Allez, dépêche-toi, cours avant que le temps ne te rattrape… Cours vite !