Archive pour mai 2009

Bouton d’or

Samedi 23 mai 2009

Un lotus, informe, foireux : moi (bah, la posture elle est pas évidente à tenir) ;
Des boutons d’or, tout beaux, tout éclos : elles, les p’tites fleurs face à moi.
Nous dans l’herbe, sur une terre bourrée d’humus (enfin y’en a - doit bien y avoir aussi quelques particules radioactives).

La méditation, exercice par excellence du yoga…
La méditation, donc… Pas trop mon truc, me plaît pas trop : p’têt parce que l’faire, j’sais pas trop…

Un fake de végétal tentant de fixer son attention sur des p’tites fleurs… Inévitablement, le masque tombe : le mutant occidental réapparaît ! pas moyen de fixer c’te putain d’pensée ! Qui s’éparpille - un flot diffus de pensées éparses surgit, déferle et se propage dans l’espace aérien, déjà hautement perturbé, logé entre mes deux radars (z’avez pas vu la circonférence) d’oreilles,…

Bon, allez yogi, laisse les donc couler ces pensées, laisse les ruisseler le long des sinuosités de ton crâne, sur les arêtes de tes vertèbres, et disparaître comme les larmes dans la pluie (merci Roy Batty - Rugter HAUER, magistral dans « Blade Runner ») ;

Merde ! Y’en a une qui s’insère, se répand et m’imprègne tout l’bulbe ! J’lutte pas ; par principe (yama)… et par nature (lutter c’est fatiguant). C’est d’abord une image ; celle d’un film : « Soleil vert » ; celle que voit l’un des personnages principaux, alors qu’il est sur son lit de mort, la même que le spectateur verra lors du générique de fin : juste une brise printanière soufflant dans un pré parsemé de petites fleurs jaunes, filmé en gros plan… Image d’un monde révolu, à jamais disparu : le nôtre…

Et cette pensée en amène une autre, l’association d’idées marche à fond (au revoir - et bon débarras - la méditation). « Soleil vert », film d’anticipation, tristement prophétique, en appelle un autre : « THX 1138 », que j’associe immédiatement, instantanément, à un article lu sur le blog de Superno ; là encore la réalité rejoint la fiction ; avènement prochain du tout-contrôle, de la délation à tout crin, d’un totalitarisme orwellien… le net : ce merveilleux outil de communication et d’échange, par extension, va devenir sous l’égide du mâle dominant (enfin il aimerait en avoir les attributs) de la tribu française, un instrument d’oppression, de domination…

Et dire, que pour un nombre de penseurs contemporains - nommés post-humanistes ou trans-humanistes - c’est de la technologie que l’homme doit attendre aujourd’hui son salut ! Ainsi peut-on lire dans le numéro hors-série du Monde, consacré à Darwin et l’évolution : « Pourquoi un humain technologiquement assisté ne serait-il plus un homme ? Il existerait donc une « essence » de l’homme, inamovible, naturelle ? (…) L’homme est une créature flexible, douée de plasticité, qui s’adapte à l’environnement, résiste aux maladies grâce à ces technologies. Penser le post-humain, c’est accepter d’associer l’autonomie des hommes et des machines, apprendre à vivre et co-évoluer avec des machines capables d’autonomie - douées d’une existence propre, au même titre que les animaux. Comment imaginer la postérité de notre espèce sur cette « technosphère » qu’est devenue la Terre sans une post-humanité agrégée à des machines »1 ?

C’est un point de vue… Qu’on peut épouser… mais j’espère - ouais j’suis un peu candide pour le coup - ne nous imposer (’tain, vas-y dans l’futur, faudra t’mettre dès l’réveil un tube cybernétique intégré dans l’fion pour t’analyser l’bol fécal toutes les trois secondes ; ça s’ra idem pour le sang et autres liquides corporels… l’être post-humain sera plein de tubes ou ne sera pas ; un être multi-entubés, quoi… le progrès quand même : se faire entuber).

Hé quoi Jean-Michel, elle te fait si peur Bouton d’or ? ! Ah bah oui, en dessous des petites fleurs jaunes, il y a la terre- beurk, caca - et dedans, des vers, des petits vers qui vont dévorent nos petits corps, après qu’on est mort… Ah ouais, mais j’suis con moi ! Putain que j’suis con que c’est pas possible (bah oui, j’oubliais, j’suis pas un penseur) ! Mais j’ai rien compris : bientôt, grâce à la technologie on sortira bientôt du processus évolutif, de la vie et de la mort, du vivant quoi… Adieu Bouton d’or, le soleil (vert) vient de se lever…

Et c’est reparti ! Quand l’Homme - enfin surtout l’Occidental - a peur, il regarde ailleurs, dans un au-delà… Aujourd’hui, modernité oblige, l’au-delà il est à base de technologie et d’intelligence extra-terrestre. Dans une émission télévisée, diffusée hier sur Direct 8 et dédiée aux phénomènes UFO, un autre penseur - Ahlalà, heureusement qu’on en a des penseurs en Occident ! Avec eux au moins on sait où on va ! Moi j’pense pas, ça m’fatigue ! Ah çà, du coup j’vais nulle part ! Mais bon, pourquoi j’me fatiguerais à aller quelque part ? C’est qu’c'est fatiguant de s’bouger… - Jean-Pierre PETIT nous révélait le sens du vivant : complexification de la matière, maîtrise du nucléaire et voyage inter-stellaire (la Terre au G8 ou G20 des mondes maîtrisant la technologie nucléaire). L’un des intervenants concluait par une citation d’un astronaute russe : « la Terre est notre berceau, mais nous ne demeurons pas éternellement dans notre berceau »… Est-ce une raison pour saccager le berceau ?

Oh putain ! Mais allez faire mumuse avec vos cyborgs, allez rencontrer vos être stellaires, tant que vous me laissez juste le loisir de contempler Bouton d’or ! Moi, j’aimerais bien, comme l’Orang-outan, me satisfaire de mon sort et vivre selon une loi immuable « accueillant le progrès avec méfiance (…) C’est bien assez de modernité, on ne va pas non plus consentir à tout ce qu’elle propose, pourquoi toujours lui céder, s’équiper de neuf chaque année comme si le principe de la vie n’était plus le même et que les doigts un beau matin ne convenaient plus pour se moucher élégamment, sachons tenir aussi, jouir de la sérénité que procure la longue habitude sous les dehors de l’hébétude »2.

1Propos de Jean-Michel BESNIER, Autoproduire des hommes meilleurs, Le Monde hors-série avril-mai 2009, p. 94

2Eric CHEVILLARD, Sans l’orang-outan, Les éditions de minuit, 2007, p. 51.