Archive pour décembre 2009

Sodomie, So do I ?

Jeudi 24 décembre 2009

 

(Ou une lecture symbolique – enfin on va essayer, j’suis pas un spécialiste non plus – de la sexualité anale – et là pareil, j’suis bien loin d’être un expert).

1. Préambules, prolégomènes et autres pro(cto)logues sans autre utilité que de faire bien quand on parle trou d’balle

Fait un p’tit moment maintenant qu’ça m’trotte dans l’bulbe ; ou plutôt qu’ça m’asticote le bout - ce qui pour un mâle lambda (ou bêta, c’est même ici plus indiqué 1) comme moi revient à du pareil au même : voilà, en un mot, comme en cent, la sodomie ça me tente – mais bon, et pour reprendre une terminologie usitée dans les milieux homosexuels, plutôt sur le mode actif. Mais, mais, mais, au-delà d’une certaine appréhension physique, somme toute compréhensible, surtout à l’égard d’un pusillanime peu dégourdi tel que moi, c’est surtout la confrontation avec mes pensées qui m’inhibe (comme bien souvent d’ailleurs, dans n’importe laquelle des mes activités quotidiennes).

 

Je m’étais déjà exprimé à ce propos sur un forum qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas spécialement dédié au sujet : c’est un forum sur la vie après la mort – putain, çà aussi, pourquoi faut qu’j'aille parler d’cul là où on cause, entre autres, de tunnels lumineux ! … Question de conduits sans doute… Mais finalement, et surtout, même symbolique d’un voyage initiatique (et n’en déplaise à certains le canal emprunté pour l’un de ces deux parcours).

 

Bon à l’époque, ce qui motivait, non pas le gland (pour lui, facile, c’était – et c’est - le fondement) mais mes réflexions – et ça les motive encore aujourd’hui en partie – c’était principalement une question de morale, d’éthique - bon j’mets les deux notions dans le même panier mais un ami qui travaille sur une thèse, ayant trait à l’éthique dans le droit des sociétés, m’a signalé que la morale se rapporterait à l’individu, à ses propres règles de conduite personnelles, alors que l’éthique serait relative aux normes de comportement imposées par la société.

 

Oh, on le voit tout de suite, hein, rien de bien neuf sous le soleil : c’était une resucée de la dialectique épuisée jusqu’à l’os entre désir et devoir, instinct et raison. Bon dit comme çà, ça sent bon le discours faux-cul coincé du cul, qui voudrot bien pêcher mais qui n’peut point, paske c’est pas bien. Oh, me connaissant, doit bien y’avoir d’çà – surtout du coincé du cul, vu comment j’constipe en ce moment (j’dis ça, ça aussi ça a l’air con comme ça, mais pas du tout, enfin pas tant qu’çà). Comment ça, j’sers les fesses pour pas m’faire défoncer la porte de sortie ?…

 

Tiens, c’est marrant, en même temps qu’j'écris, j’viens d’avoir comme un éclair – de génie p’têt pas, mais vient bien d’y avoir comme un jais de lave au travers de mes fissures encéphaliques (en fait phalliques – quand je vous dis qu’ici tête et queue ne font qu’un). Si je constipe, c’est peut-être bien parce que j’ai peur de mettre à jour ma véritable identité ; le refus de faire un choix… Tiens ça aussi c’est marrant, parce qu’au fur et à mesure que j’écris, le billet prend des allures de thérapie : aujourd’hui, jour où j’écris ce billet de brin, j’ai pas su, et ce d’une manière quasi-pathologique, faire de choix entre des trucs très simples et très cons à faire. Résultat ? J’ai rien fait (j’ai pas su choisir) et j’écris ce billet… et j’constipe toujours d’ailleurs (et d’ailleurs ça commence à faire chier – pipi, caca prout, ah bon sang qu’est-ce qu’on s’marre sur mon blog)…

 

2. Anus- A nous deux (ou le moi caché)

 J’m'explique : le couple rectum-anus, (l’anus n’étant finalement que la terminaison du rectum) représente, sur un plan symbolique, l’identité de l’individu.

 

C’est dans l’environnement qui m’entoure, dans le monde extérieur, que je puise ma nourriture, tant matérielle que spirituelle. Après absorption et digestion par l’estomac, le colôn (ou gros intestin) va assimiler les éléments reçus, afin de construire les composants du corps biologique. Sur le plan symbolique, le côlon est l’endroit où s’opère un travail de reconnaissance : je détermine ce qui fait ou fera mon identité, je définis ce que je vais reconnaître comme me constituant et ce qui ne l’est pas, ce qui suppose d’être capable de faire le tri dans tout ce que j’ai absorbé, de faire un choix entre tous les éléments du monde extérieur que j’ai pu assimiler ; c’est donc le premier stade de la construction de son identité (mais d’une identité envisagée dans sa dimension familiale, et donc sociale).

 

Au passage, ça me rappelle une des blagues mystiques d’Alexandro JORODOWSKY : « - Docteur, j’ai un problème, explique un jeune homme au médecin. Quand je mange des carottes, je défèque des carottes. Quand je mange du chou, je défèque du chou. Quand je mange des asperges, je défèque des asperges. - Ecoutez ! S’exclame le médecin, je ne vois qu’un remède dans votre cas : mangez de la merde ! ». Selon le célèbre artiste, l’enseignement de cette « histoire spirituelle » est qu’aussi bien dans le domaine spirituel que matériel, nous sommes ce que nous mangeons et nous mangeons ce que nous sommes2.

 

Après la phase d’assimilation du côlon, ce sera alors au couple recto-anal que reviendra la charge de rejeter définitivement ce qui ne participera pas à la constitution de mon corps (et qui est devenue matière fécale) ; sur le plan symbolique, par l’excrétion anale, j’expulse de manière irrémédiable ce qui ne fera pas partie de moi ; cela revient donc à décider ce que je vais abandonner, ce à quoi je vais renoncer, parce que je le considère comme étranger, comme ne contribuant pas à ma constitution. Comme le dit si bien le Docteur Olivier SOULIER : « Renoncer est un mot fondamental dans la symbolique de l’anus. Un être se définit par ce dont il n’a pas besoin, par ce à quoi il peut renoncer. Renoncer permet d’affirmer sa différence. Choisir c’est renoncer » 3. L’excrétion, le mécanisme d’exonération participe donc bien, sur un plan symbolique, du processus de la construction de l’identité personnelle ; au côlon la discussion, au couple recto-anal la décision.

 

Bon, j’en connais, des chipoteurs, qui vont se gausser de ma formulation - à laquelle, je l’accorde, on peut reprocher un certain simplisme pêchant peut-être par une approche à la limite du caricatural – qui tendrait à faire croire que le rectum agit un peu à la manière d’un cerveau. En réponse, je leur demanderai juste de bien vouloir accepter l’hypothèse de mécanismes inconscients (on sait les liens qui existent entre inconscient et symbolique, notamment grâce aux travaux de Jung) et d’abandonner pour un temps (celui voulu pour la lecture de ce billet) la théorie du libre arbitre, si chère aux occidentaux… Et de ne pas oublier non plus, et c’est le plus important, qu’on se situe sur un plan symbolique, donc au delà d’une stricte logique scientifique. Tiens, et pour mieux appréhender l’interprétation symbolique du corps, je conseille de lire l’interview du Docteur SOULIER sur le site Nouvelles clés4.

 

Pour revenir à la symbolique de l’anus, je dirais même qu’il signifie l’identité authentique de l’individu, par opposition à l’identité construite que représenterait le visage, parce que, justement et paradoxalement, l’anus est normalement caché, dissimulé, préservé du regard d’autrui ; quand je m’adresse à quelqu’un, je ne le fais pas en lui présentant pas mon cul ! Sauf, et dans des circonstances exceptionnelles, quand par exemple je sors de mes gongs, pour lui signifier le fond de ma pensée (pensez à toutes ces manifestations ou ces fêtes urbaines où les inhibitions sociales se relâchent). Finalement, l’anus, à la différence du visage, et du regard surtout, ne triche pas.

 

En ce qui me concerne, je me rappelle avoir pris particulièrement conscience de cette zone corporelle, au travers de ma pratique du Yoga. Bien sûr, au niveau ésotérique, c’est le lieu où siège le premier chakrâ (mûlâdhâra) ; mais sur le plan pratique, les yogis indiens insistent sur la nécessité de soulager ses intestins avant d’exécuter les asânas ou de s’exercer au prânayama. De plus, la contraction rectale (plus précisément du sphincter) est aussi l’un des trois bandhas (mûla bandha) utilisés dans la réalisation des postures et des exercices respiratoires.

 

A l’aune de la contemplation du cyclope énucléé, le Yoga m’apparaît alors sous un jour nouveau (décidément, que de lumières dans ce Saint-Graal étroit et sans fond) ; enfin plus précisément le Yoga védantique, celui de PATANJALI notamment (désolé pour les maigres références, j’suis pas non plus une re-sta en yoga) dans lequel le Renoncement, aux choses du Monde (vairâgya), est une constante et constitue l’un des deux piliers de cette pensée millénaire – l’autre étant la Pratique (abhyâsa). En gros, il faut renoncer à tout donc indirectement mais sûrement à son identité ; ce qui se comprend parfaitement étant donné l’objectif premier de cette philosophie, qui n’est autre que la destruction de l’ego, du moi et sa dissolution dans le Soi, dans la Conscience cosmique, l’Ame universelle. D’où aussi l’importance de la défécation dans la pratique, car au-delà de la dimension de pur et impur, prégnante (peut-être à outrance) dans la culture hindouiste, il y a aussi l’idée de faciliter la circulation du Prâna, cette force vitale ou bioénergie, dans l’organisme du pratiquant (l’une des idées sous-jacentes des différents exercices yogiques étant finalement de communier avec l’univers). On retrouve aussi une autre idée, ce paradoxe même de la méthode du Yoga qui, au delà de la maîtrise des mécanismes naturels du corps, est, dans une certaine mesure, d’en inverser les processus ; ainsi l’anus (et toute sa région) ne devient-il plus un organe d’excrétion de la matière (mouvement descendant), mais bien plus un instrument de rétention et redirection de cette énergie subtile qu’est le Prâna (mouvement ascendant).

 3. Sodomie – So, do me ? Alors dis moi qui tu es (ou la découverte du moi caché)

 

Bon, c’est pas tout ça, mais faut que j’me r’groupe là, j’suis entrain de perdre le lecteur là ; enfin, c’est vrai quoi ! J’appâte le chaland avec d’la bite au cul, et v’là que je l’abreuve de mes dysfonctionnements intestinaux. Y’a pas à dire, là je chie !

 

Pour en revenir à mes réflexions sur la sodomie, j’abordais la question sous une dimension plus morale qu’éthique (pour reprendre la distinction faite par mon ami), parce que c’était surtout à mon niveau personnel que je raisonnais. Je cherchais à agir de manière morale, non pas conformément aux normes de notre société (lesquelles en la matière sont loin d’être évidentes5), mais rapport aux règles que je m’étais fixé – enfin, que je croyais m’être fixé - qui trouvaient alors leur source dans le Yoga et plus particulièrement à l’époque le Jnâna-Yoga.

 

En substance, selon la doctrine de ce type de Yoga, le désir c’est asservissement. Si je succombe à mon désir de pratiquer la sodomie, on va me dire, selon cette école : ” c’est pas grave, mais tu prends pas le meilleur chemin (enfin, j’en prends un quand même, même si c’est vrai qu’il y fait pas très clair – encore que), pour accéder à la Liberté “.

 

Alors c’est vrai dit, comme ça, ça sent le prétexte exotique, savant et tendance de l’hindouisme, juste pour masquer l’emprise de tous les poncifs éculés bien-pensants de la culture judéo-chrétienne qui inconsciemment me hante. Surtout l’écueil de la démarche, c’est de porter d’emblée, a priori, un jugement de valeur sur le désir : le désir c’est pas que c’est pas bien, mais quand même, ça l’fait pas trop. Donc du coup, on pose un interdit dessus et on y revient plus. Ah c’est sûr, pour les grands courageux comme votre humble serviteur, la tactique a l’avantage de la simplicité, et donc du réconfort spirituel ! Mais dans un même temps, les petits esprits jouisseurs et curieux qui sommeillent en moi (et qui s’agitent dès qu’il est question de cul) ne se satisfont pas de la méthode, et tel le môme que le feu attise, ont envie d’aller plus loin…

 

Cela dit, en même temps, essayer d’éprouver l’idée de la sodomie à l’aune d’une morale quelle qu’elle soit, de la confronter à un certaine sagesse prise pour règle de vie, c’est déjà, de manière indirecte, prendre la peine d’une première interrogation face au désir. Oh putain, j’entends déjà les avides des anaux délices, qui auront eu le malheur de tomber sur mon blog – et qui auront réussi à parvenir jusqu’à ces lignes – me faire l’harangue de cesser séance tenante toute masturbation du bulbe, alors que le bout réclame satisfaction : « Bon sang de bonsoir ! Mais si la rondelle t’excite tant, t’as qu’à la péter et arrêter de faire chier » !

 

C’est vrai, et je le concède, il y a quelque chose d’agaçant, voire d’obscène, à tourner comme çà autour du pot – au feu (et je ne vous dis pas l’attrait de l’âtre). Mais je crois que si je me conduisais ainsi, je passerais à côté de plein d’autres dimensions.

 

Et c’est là l’intérêt de la chose que de prendre la sodomie comme objet d’étude : de la sorte on marque une distance par rapport à l’expérience envisagée, et par là-même, d’une certaine manière, on s’affranchit (temporairement) de la tyrannie du désir - oui ok, là aussi je l’accorde, y’a déjà un présupposé de ma part selon lequel le désir est vécu comme tyrannique ; c’est sans doute contestable mais je ne vais pas m’attarder à cette discussion. Cette démarche, qui s’apparente (je suppose) à celle du scientifique, n’est pas étrangère à l’adepte de sagesses orientales (la lecture en « pelures d’oignon »), car elle présente cet indéniable avantage qu’en extériorisant le désir, elle en diminue l’intensité et permet plus facilement de s’en extirper (cette vraie liberté pour les hindouistes védantique).

 

Grâce à cette distanciation, j’ai pu réaliser une chose mais qui ne s’était pas imposée à moi avec une particulière évidence : la sodomie, c’est avant tout une relation ! Elle implique nécessairement la participation d’un autre, de l’Autre. Tout accaparé que j’étais par mon désir, j’en avais oublié que celui-ci, pour trouver satisfaction, nécessitait la médiation d’autrui. Prise de conscience !

 

C’est d’autant plus vrai que les rectum et anus étant symboliquement, un lieu de passage, une porte du corps donnant sur l’extérieur, ils incarnent l’identité sous l’aspect de la rencontre avec l’étranger, l’inconnu, donc l’identité appréhendée dans sa dimension relationnelle.

 

Et bien voilà, on y est : finalement pour moi, la sodomie, sur un plan symbolique, peut être vue comme la rencontre avec la véritable identité de l’autre. Je sais que le Docteur SOULIER, que j’ai cité plus haut, ne le conçoit pas ainsi, ayant à cet égard un regard plutôt réprobateur ; selon lui : «  C’est aussi paradoxalement une manière de maintenir l’autre à distance tout en essayant d’avoir sur lui le maximum de pouvoir. Se cachent derrière cela de grandes souffrances. Il y a souvent là aussi un lien avec l’argent qui permet “d’avoir l’autre“ sans investir effectivement ni affectivement ». Mais je demande si là il ne fait pas un amalgame avec la valeur symbolique du dos, ou tout du moins s’il ne réduit pas son approche de la sodomie à ce seul angle de vue.

 

Comme le dit Jean MARCHAL, l’un des aspects de la représentation symbolique du dos, c’est la verticalité6 : « L’homme est en effet le seul mammifère à port complètement vertical, spécificité directement associée au fait qu’il est le seul être vivant doué d’une conscience reflétant la Conscience divine. Or, c’est la colonne vertébrale qui est porteuse de cette verticalité, colonne au sens plein du terme: soutien vertical d’une structure élancée vers le ciel ».

 

Du coup, c’est vrai que si l’on anal-yse (hi, hi) la sodomie au travers de la position dite de la levrette – qui est celle, on en conviendra, qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque la pratique – une des possibles lectures symboliques est que l’on ravale le partenaire sodomisé au rang d’animal ; un peu à la manière de l’être humain qui entend asseoir sa domination sur la nature, le sodomisant qui veut dominer le sodomisé lui assigne un rang inférieur au sien, en lui faisant courber l’échine pour le pénétrer, car ainsi il lui fait renoncer à la verticalité constitutive de son humanité et l’oblige à adopter la position des bêtes.

 

Perso’, je ne nie pas la justesse de l’opinion, mais je lui refuse l’exclusivisme et la prévalence d’interprétation. Déjà, cette position n’est pas la seule usitée – heureusement pour les gourmets du sexe – et celles ventro-ventrales sont tout autant prisées, le ou la partenaire sodomisée n’étant pas toujours sous le ou la partenaire sodomisant(e), ce qui met un peu à mal l’idée de domination – sauf à considérer, peut-être à la manière de sectateurs freudiens, que l’anus est par définition un organe dédié à la domination.

 

Surtout, ce serait se couper de la richesse de significations, de la potentialité d’interprétations que recèle un symbole, dont une, en ce qui concerne l’anus, qui me paraît essentielle : l’identité authentique de l’individu dans sa dimension relationnelle.

 

Dès lors, pourquoi ne pas voir la sodomie comme une sorte de maïeutique ? La sodomie serait un moyen de se connaître vraiment (de savoir ce qu’on a dans le ventre, selon l’expression populaire). C’est je crois, le sens que lui donne l’écrivain gay controversé et libertaire assumé, Erik RÉMÈS 7 et auquel je souscris pleinement.

 

Bon j’admets, dit comme çà, ça fait un peu discours du gourou bien pervers qui cherche pour pas cher à la mettre bien profond dans le fion de son aspirant – « viens là mon bel enfant, que je t’initie illico-recto aux pratiques qui te feront découvrir la beauté de ton âme ».

 

Mais je pense qu’il en va de la sodomie comme de toutes les relations humaines : la confiance est de son essence, ou tout au moins, à son fondement (hum, après tout, il est bien ici question de « fondement »)… Et je dirais qu’à la différence d’une relation non corporelle, basée sur le langage verbal, la sodomie me semble moins sujette à tromperie et plus propice à un véritable échange. Selon moi, une relation anale sincère est un vrai test de confiance entre les deux personnes qui vont vivre cette expérience : livrer ainsi son intimité n’est pas à la portée de tous, et savoir se comporter dignement devant une telle offrande l’est encore moins. Curieusement, la relation anale parce qu’elle touche au plus intime, au plus profond de l’être (son identité essentielle) en fait accéder à une perception plus élevée.

 

Ok, dit comme çà, c’est p’têt un peu idyllique de ma part - naïf diront vraisemblablement certains de mes contemporains, piteux cyniques désabusés ; p’têt même que la forme de mon propos a édulcoré du même coup l’importance du désir, cette pulsion initiale qui est quand même à la base de cette relation. Et je suis bien d’accord : il ne s’agit pas ici d’escamoter le désir, mais de mieux s’en servir pour le dépasser afin de connaître des expériences plus subtiles que la simple satisfaction libidinale.

 

Et puis pour parvenir à une telle conclusion, j’avoue que ça requiert déjà, pour faire écho aux propos d’Alexandro JORODOWSKY, un certain niveau de conscience ; il est clair que si je viens dans un cul, avec une sexualité bestiale et vulgaire, et bah j’aurais rien d’autre qu’une sexualité bestiale et vulgaire.

 

Or sincèrement, à titre personnel, je crois bien, et pour donner raison au Docteur SOULIER, que mon désir de sodomie était bien sous-tendue à la base par la simple envie de péter une rondelle !

 

Effectivement, j’étais à un certain stade de conscience : il s’agissait de s’affirmer par la maîtrise d’un corps (par extrapolation la nature et donc la vie), par sa domination – on retrouve là une des significations symboliques de l’arcane VII (l’arcane du Chariot) dans le jeu du Tarot ésotérique !

 

Mais bon, finalement, avec le recul, c’était pas non plus le top du niveau de conscience. Quelque part, je devais le sentir pour que je me pose toutes ces questions (j’espère, ça me déculpabilise un peu, pour me dire que j’ai un peu plus d’âme que ça). L’arcane VII appartient à la première décade, associée au plan matériel ; sur le plan spirituel, qui lui succède, on peut trouver une arcane symétrique : l’arcane XVII, l’arcane de l’Etoile. Là encore il est question d’une maîtrise de la nature, de la vie, mais la maîtrise est acquise autrement : il n’est plus question de domination, mais de coopération, ou plus pleinement, de communion.

 

Sincèrement, ça s’rait trop chouette si je pouvais vivre une telle communion en passant l’anneau de feu… Mais cela exige de moi, un certain niveau de conscience : suis-je digne de la personne qui accepte ainsi de m’offrir son intimité ? C’est là un énorme sacrifice de sa part car elle me donne à voir et à sonder l’un des lieux les plus précieux de son être (mon doux précieux) : le siège de son identité essentielle…

 

Bon bah je crois que j’ai à peu près tout dit (enfin pour billet d’bloug, j’estime que c’est déjà pas mal), il ne me reste plus qu’à passer à l’action (et pourquoi pas sur le mode passif ?) ; pour cela, je recommande les bons conseils prodigués par Sandrine et Alexis 8.

 

4.  Epilogue : plaidoyer pour une société d’enculés (consentants)

 

C’est curieux, alors que j’écrivais ce billet, je visionnais une vidéo sur un site de partage, une vidéo d’extrême fight, de combat libre, afin un truc bourre-pifs quoi – pour mieux se rendre compte, c’est le combat opposant DON FRYE à YOSHIHIRO TAKAYAMA au Pride-21 en 2002 (certains demanderont pourquoi ? Bah il y a un sens, encore une fois symbolique : l’affirmation de son identité).

 

Franz DE WAAL, brillant éthologue et primatologue de renommée internationale, dans ses ouvrages de vulgarisation, développe une théorie selon laquelle l’être humain dans le cadre de la résolution des conflits avec son prochain, tel un Janus simiesque, est un primate à deux visages : chimpanzé et bonobo ; le premier, mû par l’esprit de compétition, représenterait la résolution des conflits basée sur l’usage de la violence (physique bien sûr, mais dans une certaine mesure, mentale), alors que le second, plus enclin à la coopération, incarnerait la réconciliation fondée sur la sexualité.

 

Moi, pour extrapoler cette théorie, je me dis que notre façon à nous de nous affirmer, les primates dits humains, c’est plutôt en se mettant sur la gueule, un peu à la manière des chimpanzés. On se regarde dans les yeux pour essayer d’y voir ce qu’il y a vraiment en nous, afin de savoir qui nous sommes vraiment. Or on se renvoie à nous-mêmes une image – celle qu’on veut donner de nous à autrui – qui nous plaît pas forcément, parce qu’au final elle nous correspond pas vraiment. Alors on tape dessus en espérant la faire disparaître, cette sale gueule (plus la sienne que celle de l’autre finalement). Ou à l’inverse, on ne supporte pas le regard posé sur nous, ses deux yeux qui nous scrutent et nous semblent vouloir sonder notre moi intérieur. Mais le souci, c’est que le regard d’autrui rencontre le mien, j’ai même envie de dire le croise, comme on croise deux épées, ce qui peut entraîner, entre deux personnes qui ne se connaissent pas, certaines étincelles !

 

Et c’est là l’avantage du cul sur le visage : hé ! il a pas d’yeux, lui ; ou plutôt si, mais un seul, situé en plein milieu (un peu comme le troisième oeil, celui de la sagesse, celui de l’extra-lucidité), qui lui au moins, tout énucléé qu’il est, ne dévisage pas et donc ne donne pas l’impression de juger. Les yeux interrogent, mais en imposant la question ; d’ailleurs il est difficile pour nous autres primates dits humains de ne pas se sentir agressés – à telle enseigne que nos cousins primates ne se regardent pas dans les yeux ; il y a quelque chose d’inquisiteur dans le regard ; l’anus lui aussi, pour peu qu’on veuille bien arrêter de le voir comme un vide-ordure, pose lui aussi question, mais pas de là-même façon : il est une invitation, une exhortation. Un peu à la manière de l’aède aveugle de la légende, il est une ode à l’odyssée, au voyage initiatique à l’issue duquel on parvient à une meilleure connaissance de soi.

 

Du coup je m’demande si DON FRYE et YOSHIHIRO TAKAYAMA n’en auraient pas appris plus sur eux-mêmes en s’la mettant dans l’fion plutôt qu’en s’mettant sur la gueule ?

 

Mais bon, la sodomie étant tellement connotée domination dans notre civilisation – plutôt chimpanzé donc, c’est pas encore demain la veille que pour sympathiser on s’enculera comme des bonobos!

 

 

Notes

 

1 A un double niveau : celui du jeu de mots, et celui de la terminologie éthologique, car la désignation sert souvent à qualifier le mâle candidat au rôle de mâle dominant, ce dernier étant appelé alpha.

 

 

 

 

 

 

2 Alexandro JORODOWSKY, « Cabaret mystique », éd. Albin Michel, 2008, p. 127.

3 Dr Olivier SOULIER, « Les maladies anales », http://www.lessymboles.com/article010.htm ; voir aussi Dr Pierre-

Jean THOMAS-LAMOTTE, « …Et si la maladie n’était pas un hasard… », éd. Le jardin des Livres, 2008, spéc. p. 141 et ss.

4 http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=1125

 

 

5 Pour un exposé succint mais complet de la question, voir Pierre COULOM, « Sexualité anale, le point de vue du proctologue », http://www.gyneweb.fr/Sources/sexo/procto.htm

 

 

6 Jean MARCHAL, http://www.lemondeduyoga.org/htm/lavie/article.php?ID_ARTICLE=10

7 http://ericremes.free.fr/fenetre.php?editoID=12

8 http://www.acmeanale.com/technique.htm