Archive pour la catégorie ‘gloses gombrowiczéennes’

Bêtes poilues, y’a pus… Poil au cul !

Samedi 22 mars 2008

Le jeudi 13 mars 2008, on apprenait dans les journaux (du métro, en tout cas - moi c’est ceux que j’lis parce qu’ils sont gratis et que j’comprends c’que j’y lis), la mort du dernier Poilu français et la disparition des tigres de la surface du globe.

Deux faits, bruts, balancés comme çà, à la face du lecteur, plantés dans ses orbites à la mode des médias. Deux faits donc, qui a priori n’avaient rien en commun, deux faits étrangers l’un à l’autre, en l’absence de tout rapport quelconque de causalité ; et pourtant deux faits qui se trouvaient réunis, de manière incongrue, qu’une volonté (humaine ?) avait décidé de se faire côtoyer, par le biais de l’écriture journalistique.

C’en était trop… Il devait y avoir du sens… Fatalement - Fatalement car j’étais condamné à trouver du sens - condamné à cette issue si je ne voulais pas souffrir face au Chaos, de ce néant que me jetait en pâture ces médias inconscients (immatures ?) !

C’est alors que la méthode gombrowiczéenne d’appréhension du Réel (ah ! J’aimerais bien l’appeler méthode paranoïaque-critique, mais elle est déjà prise) se réactiva en moi.

Il devait y avoir là un lien (des liens mêmes) - forcément. Subjectif(s), forcément. C’était moi qui allait construire (comme un pur gombrowiczéen) ou deviner (comme un vrai chaman) une réalité, ma réalité - une réalité qui aurait du sens.

Cherche Yogi, cherche Tougoudou. Un premier lien : je l’établis du côté d’un des éléments mis en présence : le Tigre. Je pense à Clémenceau, ce ministre de la guerre, ce ministre de la Grande Guerre, comme on l’appelle, celle des Poilus, et donc par extension le Grand Chef des Poilus français ; et Clémenceau, on l’appelait pas « le Tigre » (d’où le surnom donné à ses célèbres brigades).

Mais cette piste (ah ! cette méthode de l’enquête policière (cf. Cosmos de Witold Gombrowicz) se révèle assez vite, pour moi, infructueuse.

Cherche Yogi, cherche Tougoudou. Un second lien se fait jour. Il me convient mieux, je le trouve plus puissant que le premier car il transcende ses deux extrémités ; ce lien c’est le poil (un des journaux titrait d’ailleurs au sujet des tigres : « les tigres perdent de plus en plus du poil de la bête »)…

Qu’est-ce que le poil (symboliquement parlant j’entends, bien évidemment) ? Il cumule deux représentations : la maturité d’une part, l’animalité d’autre part.

Le poil c’est d’abord le signe le plus évident de la maturité, bien entendu sexuelle, mais pas seulement. Le poil évoque l’adulte : capacité de procréer, capacité à se responsabiliser - maturité physique et psychologique donc.

Le poil c’est aussi l’empreinte de l’animalité, voire la bestialité, qui subsiste en nous ; c’est ce qui évoque immédiatement, infailliblement, cette part, ce reste de Dame Nature que conserve l’être humain.

Mais mon dieu, cachez-moi ce poil que je ne saurais voir ! Et c’est là que se fait le nœud (Gombrowicz, un yogi ?) ; oui, car ce poil, aujourd’hui, n’a plus la cote chez nos contemporains ; aujourd’hui, on préfère le faire disparaître, lui supprimer toute existence, à ce poil. Le poil n’est plus au… poil. Je me trompe-je ? Et toute cette frénésie liée au monde de l’épilation, alors ? Même les hommes s’y mettent  (va donc faire un tour sur Youporn (à entonner sur la mélodie bien connue du groupe Matmatah)!

Pourquoi ? Selon certains spécialistes[1], couper le poil c’est agir sur la Nature, et donc d’une certaine manière, la maîtriser. Couper le poil c’est donc afficher sa maîtrise sur la Nature. Moi quand je me rase, que je m’épile (je l’ai fait intégralement une fois - sauf les fesses) c’est pour montrer que je suis capable de contrôler ma partie animale. Mais, à la vérité, est-ce que ce n’est pas plutôt la refouler ? Est-on bien sûr que par ce geste on la dompte ? N’est-ce pas plutôt une maîtrise feinte ? Moi je me dis plutôt que cette signification du poil nous gêne, ne nous plaît pas, qu’on sait que c’est là mais qu’on veut pas le voir (politique de l’autruche ?)

Problème : si on coupe le poil, symboliquement, et paradoxalement, on retranche du même coup l’autre signification du poil : la maturité. Finalement notre prétendue maîtrise du monde animal, de la Nature, se solde par une immaturité, peut-être pas (ou peut-être inconsciemment) revendiquée, mais clairement affichée.

Et là on baigne dans la thématique - chère à Gombrowicz - de l’immaturité, celle de notre société, et mondialisation oblige, de notre… monde.

Nos poilus disparaissent et ne reviendront plus. Nos tigres disparaissent et ne reviendront plus. Tous ces êtres faits de poils disparaissent et ne reviendront plus. Le monde s’enfonce alors dans l’immaturité. En termes d’évolution (ce grand constructeur comme dit Konrad Lorenz), ce mouvement ne peut qu’être qualifié que de régression.

Un Hindouiste y verrait là une preuve de plus, un signe tangible du Kâli-Yuga (je vous le dis Gombrowicz c’est un yogi qui s’ignore). Les yogis - pour qui le mouvement de la respiration constitue l’un des principes essentiels - diraient certainement que, tout comme l’expiration qui succède à l’inspiration (et vice-versa), à une phase évolution, doit correspondre une phase d’involution (et vice-versa). Le Monde retourne petit à petit vers le néant, l’entrée dans une ère d’immaturité n’en étant que le signe avant-coureur.

Hé ! La boucle est bouclée : Le chaos surgissait des pages des journaux - le chaos est la conclusion logique qui se profile à l’horizon !

Tout le monde vous le dira, j’ai le cul poilu, et pas qu’un peu ; mais jamais (au grand jamais - merci de votre intervention Mr. Manatane) je ne me ferai ôter les poils des fesses et de la raie (et oui là aussi), même si par ce geste, je me condamne à faire partie de ceux dont l’extinction rapide est programmée.

En vous remerciant, bonsoir (Mr. Manatane forever).


[1]  Voir par exemple sur le net : http://www.secondsexe.com/magazine_dossier.php?id_theme=41&id_article=11

Gandhi, Lorenz et le riche

Samedi 24 novembre 2007

 GANDHI dit (je sais, l’imparfait de l’indicatif aurait sans doute été plus approprié, mais bon, moi j’trouve la formulation plus sympa, comme çà, non ?), Gandhi dit donc (didoudidonc, ça continue) : « Si, malgré tout, en dépit des efforts les plus acharnés, on ne peut obtenir des riches qu’ils protège vraiment les pauvres (c’est moi qui souligne), et si ces derniers sont de plus en plus opprimés au point de mourir de faim, que faire »[1].

Gandhi pose cette question dans le cadre de l’exposé de sa doctrine qu’il appelle gestion tutélaire des riches.

A vrai dire, moi, c’est moins cet exposé que la proposition, mise en exergue, qui m’intéresse, car elle sous-entendrait que les riches doivent protéger les pauvres. Déjà, en elle-même, la formulation adoptée interpelle car elle semble suggérer, de la part de Gandhi, ce présupposé acquis chez le lecteur. Manifestement, cette allusion renvoie bien à un principe, à un fondement même de sa doctrine.

Or, curieusement (et j’ai bien relu, je te l’assure, Blogoudou), Gandhi n’énonce pas clairement et préliminairement ce principe. Bon, cela dit, le passage que je t’ai rapporté, je l’ai extrait d’un recueil de pensées, issues de ses différentes œuvres. Il se peut fort bien que l’intégralité du texte n’est pas été retranscrite.

Cela étant dit (et sans doute trop longuement… bah !…), moi, perso’, je trouve cette idée de protection du pauvre par le riche, tout à fait intéressante et pertinente.

Surtout lorsque je la rattache à cet extrait issu, d’une œuvre de Konrad LORENZ. Dans L’instinct d’agression, le brillant et célèbre éthologue nous relate les observations faites par S. L. Washbrun et Irven de Vore chez les babouins vivant en liberté « La horde est dirigée par un sénat de plusieurs vieux mâles qui maintiennent leur autorité sur les membres plus jeunes et physiquement bien plus vigoureux, en restant étroitement solidaires pour être, grâce à leur forces réunies, plus forts que chaque jeune mâle pris à part. Dans un cas particulièrement bien étudié, l’un des « sénateurs » n’avait presque plus de dents, et les deux autres avaient aussi largement dépassé la fleur de l’âge. Or, un jour que cette horde, se trouvant dans une région dépourvue d’arbres, risquait de se jeter dans les bras ou plutôt dans la gueule d’un lion, tout le monde s’arrêta et les animaux jeunes et forts formèrent un cercle défensif autour des plus faibles. Seul le mâle le plus âgé avança, prenant sur lui la tâche dangereuse de repérer l’emplacement exact du lion (c’est moi qui souligne), sans être vu de lui. Il retourna ensuite auprès des siens et les conduisit, évitant le lion par un grand détour, vers les arbres où ils avaient l’habitude de dormir en sécurité. Tous le suivirent aveuglément, aucun ne mettant en doute son autorité »[2].

Lorenz fait référence à ces observations afin d’étayer sa thèse sur les finalités de l’instinct d’agression, lequel contribue, entre autres, à établir une hiérarchie entre les membres de la société.

Là encore, je ne m’attarderai pas sur son développement, préférant ne retenir que le passage souligné, et qui à mon sens, illustrent bien qu’instinctivement, chez les animaux, les dominants protègent les faibles.

De la confrontation de ces deux idées, résulte, à mon sens, une question que j’ose poser en ces termes :

Pourquoi le riche devrait-il prendre protection du pauvre ?

Moi, j’ai envie de dire, parce que le riche se trouve dans une position dominante par rapport au pauvre.

Oh, je te l’accorde Blougoudou, c’est dit là sans nuance. Je le conçois, cette formulation, à la limite du caricatural, n’est pas exempte de reproches, loin s’en faut, et sans doute aurais-je à encourir nombre d’accusations de sophisme. Oui, mais (et là tu t’y attendais aussi blogoudoute, dont je sais le brillant esprit qu’est le tien), il y a un mais, car si je cherche à démonter la légitimité de cette prémisse, si je commence maintenant, je vais ouvrir une nouvelle piste de réflexion, et là, pour le moment, çà m’arrange pas (hé ! ça c’est d’l'esprit scientifique, hein ?).

Hum… en même temps, si j’me fais pas comprendre, on va pas aller bien loin… Hum.. je précise alors les termes de cette prémisse. Moi ce que j’entends par domination, sans vouloir cependant aborder un champ lexical et un discours de type sociologique ou politique - encore qu’à mon avis je risque de l’effleurer - c’est une relation de pouvoir entre deux individus au moins.

Mais, je le confesse, influencé sans conteste, et sans doute trop, par la pensée du Professeur LORENZ, j’envisage un peu beaucoup, cette relation de pouvoir, à l’égal de ce qu’elle peut être chez nos frères, les animaux, et particulièrement les mammifères. Après tout, nous ne sommes que des mammifères, un peu plus évolués, enfin tout du moins sur le plan de la technique. Qu’elle soit économique, politique, juridique, psychologique, physique, il y a toujours là-d’ssous, à mon sens, deux critères : usage éventuel de violence et imposition de volonté.

Donc, voilà : je dis que riche se trouve dans une position dominante par rapport au pauvre, parce que dans une relation de pouvoir, il est capable de lui imposer sa volonté.

Par conséquent, le riche serait, dans un langage éthologique, un « dominant ». Alors s’il est un dominant, pourquoi - alors que le babouin, censé inférieur à l’homme, le fait lui - pourquoi, le riche ne protège-t-il pas le pauvre ?

Le riche me rétorquera que cela n’est pas son affaire, mais que c’est là une charge qui relève de la compétence de l’Etat, du politique. Après tout, si le politique n’est pas un riche (heu… en pratique, je crois pouvoir dire, sans trop me tromper, que l’inverse fait figure d’exception), il se trouve quand même dans une position « dominante » par rapport au pauvre (ho-ho-ho ! habile Blogoudou, auras-tu remarquer que je commence à nuancer ?).

Cette protection est-elle effectivement assurée par le politique ? Au vu de l’actualité et de la réalité quotidienne qu’il nous est donné de voir, Blougoudou, tu en conviendras, une réponse affirmative est malaisément formulable. Je ne dis pas que la question ne préoccupe pas le politique (le monde politique, pour faire moins raccourci et moins militant), mais je crois qu’elle le préoccupe dans la mesure où elle inquiète le riche ; à mon sens, il s’agit là, bien moins de protection d’individus, que de suppression d’un problème.

Pourquoi donc chez l’être humain, le dominant ne protège-t-il pas le faible ?

Moi, j’aurais bien un élément de réponse que je compte bien développer dans un prochain billet. C’est que le dominant n’est pas réellement un dominant… La domination intellectuelle ne parviendrait pas à supplanter la domination naturelle… Le « dominant » intellectuel, chez l’être humain, a peur du vrai dominant, enfin du dominant, qui le serait dans un monde moins… « civilisé » ( ?).

Je crois que Darwin disait qu’on mesurait le degré d’évolution d’une espèce (et pour nous, sans doute, le degré de civilisation) à l’aune de la prise en charge de ses individus les plus faibles.

Dès lors, sommes-nous effectivement civilisés quand on voit que notre éthique est bien en deçà de celle du babouin ?


[1] GANDHI, Tous les hommes sont frères, folio essais, 1995, p. 227[2] KONRAD LORENZ, L’instinct d’agression, Champ Flammarion, 2006, p. 52