Roda (ou états d’âme d’un capoeiriste en herbe) - Part I
Samedi 24 novembre 2007Voilà, quelques mois maintenant, j’ai entamé un nouveau parcours initiatique dans le monde de la capoeira (”wouaah ! trop fort Yogi ! ” ” Non, non, j’ten prie, tu m’gênes là…”).
Alors la capoeira, si tu sais pas c’que c’est, Blougoudou, ça pourrait se définir sommairement comme l’art martial brésilien.
Enfin, si des fois tu s’rais connaisseur, ça n’a rien à voir avec le truc où on s’fait des papouilles bien viriles dans de violentes joutes érotiques pour messieurs sévèrement burnés (du genre étranglement, clé, projection, entre autres exemples non exhaustifs des tendres caresses que se produigent joyeusement les partenaires de ce sport, et qui impliquent que chacun d’eux soit gaulé comme un tank, au risque de succomber trop rapidement sous la démonstration répétée de tant de signes d’affection) , qu’on appelle jiu-jitsu, souvent accompagné du qualificatif ” brésilien ” pour le distinguer de son homologue japonais.
Non la capoeira, c’est un truc assez spécial, qui mélange, danse, chant, acrobatie et combat.
Moi, ça m’branche pas mal, d’abord en raison de son aspect dansant et dansé, et puis à cause de cette similitude existant entre un certain nombre de techniques et certaines postures de yoga.
Tiens, tu l’auras sûrement remarqué, mes motivations, telles que je viens de te les présenter, ne sont pas, tu en conviendras, celles qu’avancerait un pratiquant sérieux d’arts martiaux. En général, ce dernier évoquerait plutôt son attrait pour le combat, le sport ou la self-défense. Quelque chose d’un plus violent, quelque chose d’un peu plus compétitif, d’un peu plus réaliste, de plus… couillu !
Et puis, t’avoueras, pour danser, y’a quand même plus simple. Des cours de danse de salon par exemple. J’en ai suivi. Yep ! J’ai même remporté le trophée inter quartiers de la ville de Maubeuge dans la catégorie java-polka-musette (trois en un, parce que je le vaux bien) en 1889.
Sans doute conclueras-tu alors, brillant Blougoudou, et non sans perspicacité : mais qu’est-ce qui me pousse à faire la ballerine sur un tatami ou sur un ring, sinon un certain penchant masochiste tendant à me faire apprécier que l’on me traite de tapette ?
Qu’en sais-je Blougoudou, sinon que c’est symptomatique ! Déjà, je me rappelle, lors de ma première incursion dans ce monde furieux et sans concession, (à l’époque c’était dans une autre discipline que j’évoluais, celle du pencak silat, un art martial indonésien), mon goût pour la danse, pour l’expression corporelle, prenait le pas sur l’aspect réaliste, martial. A l’efficacité du geste, moi je préférai la beauté de la gestuelle. Ce que le pencak silat me permettait tout de même d’apprécier, car un peu comme cela existe dans certains styles de Wu Shu, sa forme semble dansée, l’enchaînement de ses techniques est chorégraphié, harmonieusement et esthétiquement articulé.
Mais bon, le style qu’on m’enseignait et ses pratiquants avoisinaient plus les papouilles viriles et leurs émules, décrits plus haut. Et ça a duré comme çà une dizaine d’années ! La danseuse au pays des bûcherons, donc…
Peut-être faut-il chercher l’origine de ce paradoxe dans l’expression (am)bivalente de çakti et çiva. De toute façon, même çiva, sous sa forme du danseur cosmique nataraja, quand il détruit c’est en dansant ! Voilà… Sans doute mes pôles féminin et masculin cherchaient ils à à se manifester conjointement…
Finalement, cette harmonie que l’on présente souvent tant comme l’une des caractéristiques des arts martiaux que comme l’une de leurs finalités, elle existait (déjà ? ” Hhaann, t’es trop fort Yogi !”) chez moi…
Et puis arriva la capoeira… Et de nouveaux états d’âme…
(à suivre)