Archive pour la catégorie ‘Méditations’

Je suis Cela

Dimanche 16 décembre 2007

” Je suis Cela “, ” Je suis Lui “, ” Je suis le Bienheureux”…
Voilà l’une des formulations de l’ultime Vérité selon les penseurs védantiques monistes, tels que Swâmi VIVEKANANDA, lequel d’ailleurs n’avait de cesse de la soutenir, ainsi qu’en témoignent les nombreuses conférences qu’il donna en Europe et aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, et qui ont notamment été receuillies et compilées dans un ouvrage intitulé Jnâna Yoga (Je tiens d’ailleurs à ce propos à remercier vivement Romook Ier de m’avoir fait découvrir le yogi VIVEKANANDA et son oeuvre, Romook Ier qui, s’il me lit et opère un rapprochement avec le commentaire que je lui ai laissé au sujet du ” Pornographie ” de Witold GOMBROWICZ, pourra alors se targuer, en toute légitimité et bien malgré moi, d’avoir fait mon éducation culturelle).

Lors d’une de ces conférences, et afin d’illustrer son propos, il raconta cette histoire : un hommme vivait dans une forêt et répétait jour et nuit ” Je suis le Bienheureux ” (shivoham). Un jour un tigre se jeta sur lui et l’emporta pour le dévorer ; des gens qui étaient séparés de lui par un fleuve, virent la scène ; ils l’entendirent qui continuait à répéter, tant qu’ili lui restait du souffle : shivoham“, même dans la gueule du tigre.
Si mon néo-cortex comprend l’enseignement que contient ce récit, je doute que mon mammifère, qui, même si j’en conviens, est séduit pour partie par cette morale, l’épouse en totalité…
Peut-être ne je suis pas encore prêt (mais qui est ” je ” ?)… Sans doute, ne le serais-je jamais…

Bref, je crains que le jour où un Rottweiler me trouve à son goût, mes cerveaux mammifères et reptiliens ne s’entendent (et selon la théorie de Paul McLean, ils s’entendent effectivement, en tout cas plus qu’ils n’écoutent leur comparse ” intellectuel) pour mettre en application pratique cet autre enseignement que la tradition prête au Roi de France Louis XVI, lors du célèbre épisode de Varennes, et auquel elle donne la formulation suivante : ” Courage, fuyons ! “.

La métaphysique du fisc

Mardi 27 novembre 2007

Aujourd’hui, peut-être plus que jamais, la mort est un phénomène tabou. En dépit des avancées de la Science, la mort demeure toujours un mystère, source d’angoisse pour bon nombre de nos contemporains, et particulièrement, semble-t-il, ceux du monde occidental, où la quête de spiritualité, si elle apparaît intense, n’en révèle que plus paradoxalement un manque cruel de véritable foi.

Et pourtant, l’on ne devrait point douter ainsi, non. Non pas que cela est mal, moralement j’entends, mais ce doute n’a pas lieu d’exister. Non. car l’Etat, lui, et ici je prendrai comme exemple, l’Etat français, dernière institution héritée du XIXème siècle qui n’ait pas encore (trop) vacillé, nous montre que la survivance, sinon du corps, au moins de l’âme existe. Et oui !

L’Etat romain, un modèle de bureaucratie, avait dû avoir recours, à un certain stade de son évolution, à la religion, en l’occurence chrétienne, afin de donner une assise morale, une légitimité à l’exercice de son pouvoir sur l’ensemble des territoires de l’Empire. Si, selon le principe politique, l’Etat créée la nation, la nation est nécessaire à l’Etat.

Aujourd’hui, l’Etat moderne, et au premier chef l’Etat français, dont la laïcité, encore récemment, si farouchement revendiquée, constitue à ce titre une illustration exemplaire, n’a plus besoin de la religion pour fonder la légitimité de son pouvoir. Non. C’est même plus que cela. L’Etat est religion.

Comme le faisait la religion naguère, il régit notre vie… de plus en plus, et dans les moindres détails. L’Etat créée la morale. Des exemples ? Fumer c’est mal, donc on l’interdit… Pour l’instant, uniquement dans les lieux publics.

De l’éthique à la métaphysique (avant Descartes, l’éthique avait d’ailleurs pour fondement la métaphysique), il n’y a qu’un pas… que l’Etat n’hésite pas à franchir.
Et l’Etat nous révèle que nous survivons à la mort ! Oui. Bon d’accord, peut-être pas sous forme de corps incarné, mais bon l’Etat ne peut pas tout, nous ne sommes quand même plus à l’époque de l’Etat providence !

En tout cas, c’est sûr, nous survivrons. Quelle plus belle preuve de cette survivance que cet article 204 alinéa 2 du code général des impôts qui impose au contribuable, après son décès, de déposer, dans un délai de six mois, sa déclaration des revenus imposables.
Et l’Etat tient vraiment à nous rassurer (ne craignons point la mort, citoyens !) : tout comme un contribuable vivant, le défaut de déclaration dans le délai imparti donne lieu à majoration de 10 % de l’impôt mis à la charge du contribuable, ainsi qu’un intérêt de retard au taux de 0,40 % par mois (articles 1727 et 1728 du Code Général des Impôts, une ” bible “).

L’Etat aujourd’hui ne dit plus ce qui doit être. Désormais, il dit ce qui est : le citoyen survit à la mort.

Donc je m’adresse à tous mes contemporains en quête de spiritualité : arrêtez, laissez tomber, vous vous fatiguez inutilement (et puis vous devez en perdre du fric ! Attention, il y a les impôts, même dans l’Au-delà) : christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme, religion du Livre, du Verbe, chamanisme, animisme, croyances païennes, ésotérismes, mysticismes… Stop ! Qu’est-ce qui vient de vous dire l’Etat : vous survivrez, alors ? ! (Oui, et pis, surtout ne l’oubliez pas, que vous allez survivre, hein, paske les impôts, eux, ils oublient pas).