La quantique des moeurs

10 mars 2009

J’aime bien être dans un bus - enfin surtout quand il roule, mais heureusement, c’est généralement la règle. Je préfère ce type de transport en commun plutôt que le métro ou le train ; le métro, y’a rien à observer alentours sauf la tête du voisin - qui me dévisage ou qui détourne le regard lorsqu’il croise le mien (ah, c’est féroce l’ambiance du métro) ; le train, ça va trop vite pour le prendre le temps d’observer (enfin, ça dépend lesquels) ; pis de toute façon, souvent y’a rien de particulier à observer.

Le bus, en général - ah, ça y est, j’peux pas m’empêcher d’faire dans l’abstraction - ça circule en ville ; du coup ç’est soumis aux aléas de la circulation et ça prend un rythme plus humain, un rythme parfois lancinant qui permet ainsi de porter aux yeux de l’observateur attentif, une profusion de petits détails singuliers.

Finalement, le bus c’est assez yoga dans le fond. On est passif, spectateur. On est témoin du spectacle qui se déroule devant nous - de là à dire qu’on se rapproche du Témoin…

Alors que je rentrais chez moi - en bus hein, pas en vélo, paske sinon, bah j’aurais plutôt causé du biclou en préambule - je laissais aller vagabonder mon regard dans le décor urbain ; là, je tombai sur un panneau publicitaire affichant le visage de l’actrise Sharon Stone, posant pour je ne sais quel produit de beauté à la con.

Pourquoi me suis-je arrêté à son visage ? Pourquoi ce détail du réel qui s’offrait à mes yeux a-t-il fixé ma rétine ? Peut-être ce côté irréel justement, qui détonnait par rapport à l’ensemble.

Faut quand même avouer qu’il y a quelque chose de pas normal, enfin j’veux plutôt dire de pas humain dans ce visage. Bah quoi ? Sharon Stone elle a plus vingt ans - et depuis bien longtemps. Y’a çà et là sur le net, des sites où on peut trouver des photos comparatives : Sharon Stone, si ça reste une belle femme, c’est plus une jeune femme. Mais quand on regarde sa photo sur l’affiche, on dirait qu’elle vient de souffler sa trentième bougie.

Oh, bien sûr, y’a plus grand monde qui est dupe : bistouri, photoshop, et tutti quanti… Oui mais voilà on veut créer l’illusion. Et beaucoup ont envie d’y croire, à cette illusion. Et pourquoi ? Et laquelle d’abord ? Celle de l’éternelle jeunesse ?… Y’a d’ça ; c’est un peu l’idée d’un instant d’éternité : fixer pour toujours un instant.

Alors que mon bus continuait son bonhomme de chemin, alors que je laissais ma pensée errait,  comme à l’accoutumée, dans je ne sais quelle sphère éthérée de mon esprit vaporeux, je me saisis de mon portable. Pourquoi ? Franchement, j’en sais rien. Peut-être tout simplement pour regarder l’heure - j’ai pas de montre. Alors j’l'allume - bah ouais, mon portable y’est toujours éteint ; oh, mon portable et moi, c’est toute une histoire d’indifférence vécue réciproquement et voulue unilatérement (j’ose espérer, que malgré les progrès de l’intelligence artificielle, mon portable n’a pas encore de volonté propre) ; oh pis non, j’crois qu’en l’éteignant, c’putain d’portable, j’ai l’impression d’avoir un semblant de pouvoir sur le réel, sur ce réel quotidien, qu’à l’instar de Gombrowicz, je trouve chaotique, angoissant, asphyxiant.

Enfin bref, tout çà pour dire que j’allume mon portable - hé, ça c’est d’l'action, hein ? on s’ennuie pas quand je raconte une histoire, hein ? Et je l’regarde s’allumer. Bah faut dire, mon portable c’est un ancien modèle - c’est pas le talkie walkie non plus, mais c’est pas non plus la tablette de chocolat d’aujourd’hui (et ni la micro-puce insérée dans l’fin fond d’son cul de demain - ou d’son nez, ou d’son vagin, ça dépendra d’où qu’on va mettre le plus souvent ses doigts). Donc i’ met l’temps pour s’allumer ; donc j’ai l’temps pour le regarder s’allumer ; donc j’ai l’temps pour m’faire chier à le regarder s’allumer… et tout le temps pour que ma pensée elle recommence à s’agiter (et ça s’dit yogi…).

Et j’me dis : ” Mais pourquoi tu te plains ? Pourquoi ça t’fait tellement chier d’attendre que ton portable i’ s’allume ? Pourquoi ça t’énerve qu’il affiche aussi lentement le menu ? Pourquoi t’es si pressé ” ? Et je repense à un de mes amis qui a un portable du dernier cri. C’est bien simple, n’importe lequel de ses désirs est réalisé instantanément : y’a envie de bavasser avec trois-quatre femelles sur tronchebook ? i’ peut aller surfer sur le net d’son portable quand i’ veut d’où qu’i'veut ! Bon sang, mais si je lui passais l’mien, i’ m’traiterait de sauvage, d’archaïque avant que d’m'étrangler en toute honnêteté !

Et là j’me dis : ” Mais pourquoi on veut toujours aller vite ? Pourquoi mes contemporains, pourquoi la société dans laquelle je baigne n’a plus que cette idée en tête que d’aller vite, toujours plus vite ” ?

Oh oui, alors j’aurais pu m’dire qu’on est dans une société hédoniste, où ce qui importe c’est la satisfaction du désir. Mwè, mwè, mwè… Encore une fois, y’a d’çà, mais ça me satisfaisait pas. Je sais bien que si on suit une certaine pensée héritée de feu FREUD (feufreud ! Wooah !… non ? ah bon), le désir est tyranique ; dès lors son assouvissement paraît devoir être instatané tant la délivrance de la souffrance que son insatisfaction engendre est impérieuse. Mais j’sais pas, ça m’laissait quand même sur ma faim…

La réponse, c’est le lendemain que je l’aurais, durant un déjeuner avec un des mes meilleurs amis - un autre, pas celui au portable dernier cri (j’précise pour celui au portable dernier cri, qui, des fois, passe lire mes billets). Notre conversation bifurqua un temps sur la physique quantique. Mon ami m’exposa alors un principe de cette pensée, en cette formule : ” Plus tu vas vite, plus le temps s’arrête “.  Pour expliciter la formule, il l’illustra par un exemple : si nous allions à la vitesse de la lumière, tout nous paraîtrait immobile…

Wouaw ! Put…heu… Réka ! J’avais la réponse ! Repensant à mes anciennes lectures, dont surtout celles des ouvrages de Norbert ELIAS, je me souvins que, selon lui, les normes culturelles venaient de l’élite pour se répandre dans la masse. Finalement je me suis dit que l’idée avancée par la physique quantique avait fait son chemin ; oh, certainement, sous l’effet de la vulgarisation, sa portée en avait été déformée et avait quitté son champ d’application initial : la règle avait pris désormais une coloration métaphysique, existentielle.

Voilà, un peu à la manière de Roland BARTHES, je venais de découvrir une des mythologies de notre culture - soit dit en passant, c’est un peu rassurant : il y aurait encore une culture en Occident. Selon cette croyance, plus on va vite, plus on a le temps puisque finalement il tend à s’arrêter. C’est pour çà que tous les gens i’ courent dans tous les sens tout le temps : en vérité, je vous le dis, il gagnent du temps. Enfin, ils gagnent plutôt sur le temps : en allant toujours plus vite, on empêche que le temps s’écoule ; en allant toujours plus vite, on acquiert indirectement une maîtrise sur le temps ; en allant toujours plus vite, on empêche que ses effets nous atteignent, on fait barrage au cortège des sombres évènements qu’il colporte (les accidents, la maladie, la vieillesse, la mort, etc…) ; les évènements ne nous surprennent pas, nous pouvons les voir venir. Plus nous allons vite et plus nous gardons la maîtrise de notre vie !

Wouaw ! Finalement elle est terrible cette croyance ! Elle porte en elle la promesse que nous vaincrons notre pire ennemi, le Temps, en abolissant son règne…  

Enfin, j’ai compris : l’essentiel c’est d’aller vite ; après ce que nous faisons, on s’en fout ; bah ouais, comment ça pourrait avoir de conséquences, vu que le temps s’arrête ?…

D’ailleurs qu’est-ce tu fais encore là à me lire ? T’as pas compris ?! Mais regarde-toi, t’as d’jà une ride qui se pointe sur ton front que t’as tout plissé en me lisant ! Allez, dépêche-toi, cours avant que le temps ne te rattrape… Cours vite !

L’ Orang outan, ce frère qui souffre tant…

23 février 2009

Ca faisait déjà un bon moment que je voulais publier un billet consacré à mes p’tits chouchous : les orang outan.

Comme j’ai enfin trouvé un p’tit scénar’ me permettant de mettre en scène un orang outan dans son cadre naturel, j’me suis dit que c’était l’occasion de présenter quelques travaux réalisés sur le sujet.

Je ne sais pas d’où vient mon attachement et depuis quand ça remonte. Du plus loin que je me souvienne, je crois que j’ai toujours été subjugué par le visage du mâle dominant.

Mais je me suis devenu vraiment fana de l’orang outan après la lecture d’une légende indonésienne, la Princesse Pourbasari - on peut la retrouver dans la collection des contes - naguère - publiée par les éditions Gründ.

J’ai eu la chance de les voir évoluer dans leur milieu naturel (la jungle tropicale du sud-est asiatique) ; ça restera pour moi un moment merveilleux, empli de magie - souvent, j’ai envie d’en parler comme d’une expérience d’ordre mystique, et à croire l’ouvrage Souvenirs d’Eden de la célèbre primatologue Biruté GALDIKAS, ça n’aurait rien d’étonnant.

Malheureusement, notre civilisation engagée dans la voie du désenchantement, de la désincarnation, détruit, plus ou moins consciemment, tout ce qui est ou évoque le vivant ; dont un de ces plus beaux représentants : l’Orang outan.

Si vous voulez en savoir plus sur cet être magnifique - et l’aider - je vous invite à visiter le site de l’organisation de Biruté GALDIKAS : http://www.orangutan.org/

La pluralité des points de vue (III)

9 février 2009

Ce conte ancien, attribué tantôt à la mystique soufie, tantôt à la tradition indienne (hindouiste ou bouddhiste), est connu sous plusieurs versions, la plus connue étant sans doute celle, datant du XIXème siècle, du poète américain John GODFREY SAXE, dont je vous propose la traduction suivante :

Six hommes d’Hindoustan, très enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l’observant, puisse satisfaire sa curiosité.

Le premier s’approcha de l’éléphant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s’exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l’éléphant ressemble beaucoup à un mur ! »

Le second, palpant une défense, s’écria : « Ho ! qu’est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu ? Il ne fait aucun doute que cet éléphant extraordinaire ressemble beaucoup à une lance ! »

Le troisième s’avança vers l’éléphant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s’écria sans hésitation : « Je vois que l’éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! »

Le quatrième, de sa main fébrile, se mit à palper le genou. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! »

Le cinquième toucha par hasard à l’oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble le plus l’éléphant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique éléphant ressemble à un éventail ! »

Le sixième commença tout juste à tâter l’animal, la queue qui se balançait lui tomba dans la main. « Je vois, dit-il, que l’éléphant ressemble beaucoup à une corde ! »

Et ainsi ces hommes de l’Hindoustan se disputèrent fort et longtemps, chacun soutenant son opinion obstinément et à l’excès

Quoique chacun ait eu raison en partie, pour l’ensemble tous avaient tort !

La pluralité des points de vue (II)

5 février 2009

 En gros voilà ce que ça dit, telle que j’ai pu la comprendre - d’emblée je prie les puristes de bien vouloir me pardonner si je ne restitue que très imparfaitement la théorie ; à ma décharge, ça fait un p’tit moment que je ne lis plus Nietzsche, et je reconnais ne pas être un de ses spécialistes (bien loin de là) :

Le postulat de Nietzsche c’est la volonté de puissance (perso’, j’ai compris - et comprends toujours d’ailleurs - ça comme synonyme d’instinct, et aujourd’hui plus encore, depuis que j’ai lu L’Agression de Konrad LORENZ). Dans notre monde, la vie est volonté de puissance, elle veut se développer, s’étendre, s’accroître, etc…, elle veut exprimer la puissance qu’il y en a elle : volonté munie d’un formidable pouvoir d’accomplissement.  Nietzsche utilisait souvent à ce propos l’image de l’ectoplasme qui étend ses pseudopodes.

Tout être vivant est donc mû par cette volonté de puissance, qu’il exprime dans tous les domaines. Prenons un exemple. Parmi les êtres vivants, il y a bien entendu les êtres humains. Pour faire encore plus pratique, choisissons comme témoins, un certain type d’êtres humains (encore que parfois, je me demande en quoi ce type se distingue des êtres animaux) : les occidentaux contemporains dits « civilisés ».

Voici qu’une discussion est entamée entre deux individus du genre pris pour témoin, au sujet, par exemple, de sa vision du monde, l’un défendant une approche anthropomorphique, l’autre soutenant la méthode scientifique. A priori il s’agit d’un échange ; mais, dans la perspective de la volonté de puissance, il s’agit plutôt d’une confrontation : chacun va tenter d’imposer à l’autre son point de vue. C’est normal, chacun, parce qu’il est mû par cette volonté de puissance, veut affirmer sa vision de la réalité car, par là-même, il s’affirme avant tout (volonté qui exerce sa puissance) ; tel l’ectoplasme qui étend ses pseudopodes pour conquérir le monde, pour se l’approprier, nous voulons, en étendant notre pensée au monde, le faire nôtre.

Mais voilà, pour chacun de nos deux protagonistes, c’est sa vision de la réalité. Et c’est ici qu’intervient l’autre construction de Nietzsche : le perspectivisme (qui on va le voir est une conséquence du postulat de la volonté de puissance). Cette vision de la réalité que chacun tente d’imposer, c’est la perception qu’il en a, c’est la réalité telle qu’il la perçoit, et j’ai même envie de dire, telle qu’il la voit (je me souviens qu’entre nos deux organes de perception que sont l’œil et l’oreille, Nietzsche, accordait sa préférence à cette dernière, sans doute parce qu’il était musicien, mais aussi parce qu’il estimait qu’elle permettait une compréhension plus profonde du monde que les yeux).

Ainsi qu’il a été dit plus haut, la volonté de puissance est, avant tout chose, vie, et prend donc source dans un corps, compris à la fois comme organisme mais aussi comme siège de perceptions, de sensations, d’émotions, etc. … C’est à la fois sa force mais aussi sa limite (parler de limite quand on parle de Nietzsche, c’est sans doute hérétique, mais comme je l’ai dit plus haut, je ne prétends pas - et heureusement - être son meilleur interprète) ; limite car la volonté de puissance ne peut s’exercer que par ce biais. Appliquée à notre cas pratique, l’assertion signifie que chacun perçoit le monde, d’abord selon ces modes de perception, mais aussi selon ses ressentis, ses affects, ses catégories d’interprétation, issue de son vécu (expériences, idées transmises par les parents, la société, etc. …). Chacun n’a donc qu’une vision nécessairement partielle de la réalité : celle que lui donne la perspective que constitue son corps ; cette vision n’est pas totalement fausse, elle n’est pas totalement vraie pour autant (je crois me souvenir que Nietzsche qualifiait cette vision nécessairement tronquée de « fausseté ») ; mais chacun, étant mû par la volonté de puissance, va tenter, j’ai envie de dire un peu malgré lui, de faire passer sa « fausseté » pour la Vérité…

Sous cet aspect du perspectivisme - la « fausseté » ou tout du moins la pluralité des perspectives - Nietzsche, n’a pas, selon moi inventé grand chose. Le seul mérite qu’on peut, à ce niveau, lui reconnaître, est d’avoir introduit cette idée d’une pluralité de points de vue dans la culture occidentale. Bah oui, parce que chez les orientaux, l’idée existait depuis très longtemps. C’est la fameuse allégorie des aveugles et l’éléphant…

La pluralité des points de vue (I)

4 février 2009

A l’intention de Romook,

En guise de préambule, et pour faire écho au titre d’un ouvrage philosophique, je me livrerai un peu à la généalogie de ma morale – mais qu’on se rassure, je ne vais pas la faire longue.

Je me rappelle que pendant mon enfance, je me suis toujours demandé comment distinguer une bonne d’une mauvaise action. Je pense pouvoir attribuer l’origine de la question à ma mère : une même action pouvait, selon ses humeurs, rencontrer son approbation ou, à l’inverse, encourir sa réprobation. Bref, vous l’avez compris, c’était pas évident pour s’y retrouver. Surtout qu’à la clé, la sanction n’était pas la même : florilège de baisers ou fricassée de fessées au menu (au passage, pour le lecteur curieux et amusé, je signale que j’ai eu des fessées jusqu’à un âge avancé ; hé oui…) – certes, comme aurait pu dire Swami VIVEKANANDA, il n’y a là qu’une différence de degré, non de nature (et « Ceci est Mayâ » comme il avait coutume de dire), mais je vous promets, la différence on la sentait.

Cette situation a créé chez moi une certaine propension à l’inaction – ma mère devait pourtant distribuer baisers et fessées à égalité, mais la peur du déplaisir représenté par la fessée a dû être chez moi plus forte que le désir procuré par l’idée du baiser - mais également à la réflexion. Finalement quel est le critère permettant de distinguer une bonne action d’une mauvaise action ?

Bon, je rassure tout le monde, c’est pas enfant que j’ai pu ainsi formuler la question. Elle commença à se dégager à l’époque où je me plongeais dans les écrits de différents philosophes – donc lorsque j’étais jeune adulte (traduction : adolescent moins tracassé par ses problèmes de peau et les filles – ou les garçons, pas de discrimination).

Mais à leur lecture, ce qui me frappa en premier, c’était finalement la diversité des opinions avancées, et par là-même celle des morales proposées.

Putain, mais dans tout ce bordel, c’est quoi qui est bon, c’est quoi qui est mauvais ?

A cette question (oui je confirme, c’est la même que tout à l’heure), un philosophe m’apporta un début de réponse : c’était NIETZSCHE et son perspectivisme.

« Houlalà, rien que le nom déjà ça sent la théorie fumeuse » ! Bah, pas tant que çà, à vrai dire…

 

Shivoham

2 février 2009

Ci-dessous, quelques extraits, planches en cours et autres croquis réalisés dans le cadre de la BD que je destine au prochain numéro du fanzine BAHNIWE, et que j’ai intitulée ” Shivoham “.

Je préfère pour l’instant ne pas dévoiler la trame de l’histoire et attendre pour cela, que la plupart de mes planches soient bien avancées. Cela étant, je pense les extraits proposés permettent déjà de se faire une petite idée…

Rêves d’adulte

2 février 2009

Bon, c’est bien de disserter sur le monde, c’est mieux de l’illustrer (enfin, c’est mon point de vue).

Alors que dans un billet récent, il était question de la nécessité pour l’être humain de devenir enfin ” adulte “, voici quelques travaux tirés d’un projet de BD scénarisé par Mister LANCE STRAPONTIN, dont le titre (peut-être provisoire) est ” rêves d’adulte ” et dont les idées sous-jacentes font écho à celles exprimées dans le billet en question.

P.S. : pour voir ces travaux un peu plus en détail, vous pouvez utilement vous reporter à la catégorie répertoriée sous le même nom dans mon bloug.

Devenir adulte… Pour le devenir de l’humanité

19 janvier 2009

Dans un forum du net, auquel j’avais naguère l’habitude de participer, et où il était alors question des tsunamis ayant ravagé une partie de l’Asie du Sud-Est en 2006, le débat s’était focalisé sur l’explication du phénomène : certains intervenants adoptaient une démarche anthropomorphique alors que d’autres plaidaient pour l’approche scientifique.

Les partisans de la conception « magique » s’appuyaient notamment sur les mythes hindouistes tels qu’ils apparaissent au travers des épopées du Ramayana et selon lesquels, le Monde, symbolisée par une tortue, tient en équilibre sur deux dragons ; lorsque l’un de ces deux dragons s’assoupit, il se produit alors un tremblement de terre.

Les tenants de la rationalité invoquaient quant à eux la tectonique des plaques.

Cette pluralité des points de vue me rappela l’allégorie des aveugles et l’éléphant ; chacun des aveugles, à sa manière, avait raison, mais leur vérité n’était que partielle, forcément tronquée. Tous détenait une parcelle de la Vérité.

C’était idem dans le cadre de ce forum, même si d’aucuns aimeraient que la vérité scientifique soit considérée comme la seule Vérité valable.

Et il est vrai que c’est l’efficacité au niveau de la technique apportée par la science qui plaide en sa faveur. Revenons au tsunami : techniquement, la science permet d’appréhender le phénomène de telle manière que l’homme soit capable de le maîtriser (anticiper sa venue par une série d’instruments de mesure, édifier des habitations capables d’y résister, etc…).

Du point de vue de la technique, la vérité scientifique apparaît dès lors comme sans rivale. En effet une vision anthropomorphique du phénomène ne permettrait pas de parvenir à un tel résultat de maîtrise - triomphe de la science sur ce point, donc.

Mais le problème de la science, de la vérité scientifique, est que son avancée creuse notre propre abîme, car il semble en effet que, plus la science avance, plus la vie, l’univers, tout ce qui nous entoure (nous-mêmes d’ailleurs) nous apparaissent compliqués (voire très compliqués même).

Surtout, son avancée entraîne l’apparition d’une véritable angoisse existentielle. Avec la science, se pose indirectement, mais certainement, la question du sens compris comme finalité : pourquoi la vie, l’univers, pourquoi tout çà ? …

Nous ne sommes plus face aux mystères magiques, aux interrogations auxquelles tentaient de répondre nos anciennes croyances - comme peut l’illustrer, au sujet des tsunamis, la croyance dans les deux dragons.

Pourtant, ces mystères, bien qu’ils soient tour à tour intrigants et terrifiants, avaient tous une réponse et une réponse qui donnait du sens, car prenant corps dans une tentative d’explication plus vaste, plus globale du monde.

Certes cette vérité anthropomorphique, cette vérité mythique, était naïve : l’être humain se contentait de projeter sa propre psychologie sur le monde l’environnant.

Insistons sur cet aspect de naïveté de l’explication, car elle fait penser immanquablement à la situation de l’enfant qui se pose des questions. Tout comme un enfant, ce type de vérité, la vérité mythique, avait l’insigne mérite de nous rassurer, nous les êtres humains pré-scientifiques. Cette vérité donnait du sens à cet ensemble disparate, composite, sans cesse changeant, qu’est le monde, la Nature.

Et c’est là où, à mon sens, se situe l’échec de la vérité scientifique.

Effectivement elle nous a permis de quitter cet état naïf de l’enfant qui a besoin d’être rassuré. Mais elle ne nous a pas permis d’accéder à l’état d’adulte. J’en veux pour preuve le constat du stade alarmant et misérable auquel est parvenu l’évolution de l’humanité. J’ai l’impression que nous ne sommes encore que des enfants, que des parents auraient abandonnés, avec des jouets ultra perfectionnés pour nous occuper. Nous savons les utiliser mais nous ne savons pas pourquoi les utiliser…

Alors on va les employer à casser le monde qui nous pose question (on peut en effet se demander dans quelle mesure cette propension qu’a la civilisation occidentale à détruire du vivant ne traduit pas cette peur métaphysique) !

Et c’est pour çà aussi, que nous nous raccrochons à ces vieilles explications mythiques, qui nous rassuraient tant, mais qui ne nous rassurent plus autant, car nous sommes devenus moins naïfs, la science ayant ici fait son oeuvre…

A l’aube de ce XXIème siècle balbutiant, j’ai envie de dire que s’offre à l’être humain un défi impérieux : devenir enfin adulte, pour le devenir de l’humanité…

Le mythe s’émiette

28 octobre 2008

Ahlalà, les héros sont fatigués… C’est dur d’être et d’avoir été…

De qui veux-je parler ? Du Suprême, Le Suprême NTM, le groupe mythique et emblématique du Rap français mené par deux personnalités fortes qu’on ne présente plus : Joey Starr et Kool Shen.

Le Yogi, l’est un fan de la première heure. Pensez, le premier album de ma discothèque c’était “Authentik ” (que j’avais acquis lors de sa sortie, en 1990 - ça date, hein ? Plus tout jeune l’Yogi, hein).

Pensez aussi, que comme tant d’autres, j’étais tout triste en apprenant leur clash larvé. Des trucs comme çà, ça d’vrait pas exister, nin de dju !

Alors pensez comment qu’j'étais content lorsque j’ai appris que le Suprême se reformait le temps d’une tournée ! Ahlalà, moi qui n’avais pas eu la chance d’être au Bercy 98 - j’avais été à un de leur concert en 1995, à Maubeuge (si, si), mais ça m’avait pas plus marqué qu’çà - j’m'attendais à revivre la grande époque, le summum du Suprême !

Alors, p’tit Yogi, i’ s’en va chercher sa place pour le concert au Zénith de Lille, qui aura lieu le 24 octobre 2008. Alors, p’tit Yogi, i’ l’attend l’grand moment. Oh, p’tit Yogi, il est impatient, très impatient (mais qu’est-ce qu’on attend… ?).

Et pis, v’là l’grand jour qui arrive. Ohlalà !…

Ohlalà, la déception ! Putain, c’est loin, tout çà c’est loin !

Bon, qu’on s’comprenne, j’vais pas donner un jugement, j’suis tellement parti pris que j’vais pas arriver à objectiver ; j’vais donner mon sentiment (qui est plutôt négatif).

Commençons par un aspect formel : le son. Je sais pas c’qui’z'ont foutu, ou si i’s’sont dit que, vu qu’i'viennent chez les chtis, i’vont pas s’faire tchier (pour que ça sonne brin), mais alors l’son il était plutôt pourrave - du bruit (comme dirait l’ami Joey). C’est pas qu’c'était assourdissant, mais c’était souvent inaudible ; sérieux, y’avait intérêt à connaître les chansons pour savoir ce que les comparses du Suprême entonnaient. Franchement, ils auraient pu chanter en Flamand que ç’aurait été le même ! Et pareil pour la zic’ ! Un magma informe dont on avait grand peine à distinguer une phase musicale reconnaissable.

Tient, en parlant zicmu, i’z'ont fait v’nir des musicos sur scène ! Ouais. Avec de vrais instruments (basse, guitare, batterie et synthé), quoi ! Bon, franchement j’suis pas vraiment convaincu de l’intérêt. Ok, NTM, c’est la réputation d’un groupe ” live “, d’un groupe qui a forgé sa notoriété sur ses prestations scéniques, sur son authenticité en concert. Mais bon “ live “pour un groupe de hip hop veut pas dire nécessairement vrais instruments. Bien au contraire même ; dans le hip hop, à la base, les maîtres du son ce sont les deejays (mais les gens le savent) - oui, bon, ok, il y a des exceptions (et attention, c’est pas des p’tites) comme les Beastie Boys ou les Roots, mais ce sont des groupes, qui dès le début, ont évolué dans ce style. Pour le Suprême, là, à mon avis, faire venir des muzicos c’est pas très cohérent. Le Suprême c’est avant tout un son de Dj, fait par des deejays de renom et de qualité : Dj S, Dj Clyde, Dj Spank, Lucien, etc… Bon on peut voir çà comme une innovation, à laquelle mon esprit borné est resté fermé ? Peut-être… Ah c’est sûr, on peut pas reprocher à un groupe de se renouveler. Mais bon sang, ici i’ s’agissait pas de changer, mais de se retrouver, de retrouver le Suprême qu’on connaissait…
A mon avis, mon gros problème je crois, c’est que je me fixe trop sur le concert de Bercy en  1998. Bon, ok, j’admets, j’y étais pas (alors pourquoi tu parles, diront d’aucuns) mais n’empêche, après l’avoir vu en vidéo, là j’me suis dit, Joey et Shen c’est des maîtres, des vrais bêtes de scène ; et je crois que le 24 octobre, j’voulais retrouver çà… Et comme j’l'ai pas eu, bah, c’est pour çà que je suis un peu déçu.

En même temps (et deuxièmement), gros reproche au sujet des choix musicaux : les deux compères ont tronqué la plupart des morceaux. On avait plus affaire à un medley. Exemple : mixage du ” Monde de demain ” avec les deux ” C’est Clair ” (couplets du C’est Clair de 1993 avec refrain de celui de 1990), juste le premier couplet de ” La fièvre “, de “C’est arrivé près d’chez toi “, ” Back dans les bacs “, etc… ça f’sait un peu pitié quand même. Au final, je sais pas combien de morceaux on a eu vraiment en entier… En revanche les titres qu’ils ont fait en solo, là on les a eu intégralement (j’connaissais rien - hormis les trucs de Kool Shen, que j’trouve - excuse Double O - assez nazes).

Ah ouais, j’allais oublier la meilleure !  Le truc de débile : la menace de nous fourguer, à nous public, en guise de punition, au cas où on donnerait des signes de fatigue, des titres ringards des années 8O. Mais bon sang qui a eu cette idée ? Ma soeur, qui m’accompagnait, me faisait judicieusement remarquer que ça faisait ambiance fêtes de mariage.  Exactement - La HONTE ! C’est la volonté de surfer sur la vague nostalgique ” eighties ” ou quoi ? ! Bah bonjour l’intégrité alors ! Si ça c’est pas commercial (l’argent pourrit les gens, j’en ai le sentiment). Pis si c’est pour nous faire oublier qu’i’sont quadras, z’ont pas choisi la meilleure méthode…

Non, non, c’est clair (t’as le toucher Nick Ta M…) : si vous allez voir un de leur concert de leur nouvelle tournée, faut surtout pas avoir à l’esprit et comme repère le Bercy 98. Pour autant, moi, le 24 au soir, c’était assez difficile de pas faire la comparaison, parce que tout y invitait.  Ainsi, le déroulement du concert et les arrangements scéniques étaient quasiment les mêmes. Exemple : Ouverture avec ” Seine Saint-Denis Style ” , ” Qui paiera les dégâts ?” avec la foule qui crie “Hey, ho !” (ou ” Ho-ah ! ” pour ” Thats’ for my people “), on allume dans le noir briquets et portable avant de lancer ” Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? “, final avec ” IV my people “. D’ailleurs les “guest-stars” étaient les mêmes (manquait toutefois Jazz d’Afrojazz pour ” C’est arrivé près d’chez toi “) : Lord Kossity, Busta Flex et Zoxea.

Enfin, ce qui faisait tout l’attrait du groupe, tant sur scène qu’en album, la fameuse complémentarité des deux compères, bah franchement là, j’ai un gros doute : je veux dire que je doute que les deux partenaires de la maison mère se soient vraiment retrouvés… Ok, c’est du feeling, mais, si vous assistez à un leur de concert, je vous invite à comparer leur gestuelle, leur attitude avec celle sur Bercy 98, et vous verrez… Perso’, j’pense que le Joey i’ peut toujours pas saquer l’ami Shen.

Dans un numéro hors-série du magazine Groove, l’auteur concluait en écrivant (je cite de mémoire), les meilleures choses ont une fin, et c’est comme çà que se créent les mythes. Ouais mais les mythes, ça laisse des trous (oui, je crains, je sais) ; avec le Suprême, le trou laissé était immense ; ouais… Mais à l’heure de la reformation, à l’heure de la nouvelle tournée, moi j’voudrais avoir un trou de mémoire : oublier ce que j’ai vu pour ne garder que le mythe…

Juste un instant…

9 octobre 2008

Ah le matin, au petit matin (enfin, faut pas exagérer non plus, paske l’Tougoudou, c’est loin d’être un parangon du mâtinal)  ! Quand on trace, qu’on s’affole, qu’on s’carapate pour  aller choper ce métro, qui nous emmènera au boulot (et qui plus tard nous ramènera pour le dodo) ! Oh, je sais (prenez-bien la moue à Gabin pour le dire, si, si, ça l’fait), je fais pas dans l’originalité  - parler de ce fameux « homme pressé » (Big up à Noir Désir) en prologue, mon dieu, qu’est-ce que c’est lieu commun !… Et bah ça s’ra comme çà ! (pour un coup qu’j'écris, on va pas comment à braire, brin).

Alors voilà que l’Tougoudou (pas très Yogi, j’suis stress’), i’ déambule comme c’t'homme pressé dont j’viens précédemment de causer, arpentant le trottoir en trottinant comme une trompette (bah oui, quand j’marche, j’dandine du cul) - vite, vite, qu’j’suis en retard, que d’toute façon j’le savais déjà en m’levant, mais que j’arrive pas à m’débarrasser d’un sentiment coupable pompeux et dérisoire - et pis, voilà : je regarde le ciel - putain, non, non, trace, fonce, quitte pas le sol des yeux !

Je marche, le rythme se ralentit (peut-être simplement mentalement, la cadence physique restant, elle, sans doute la même), les fluctuations de la pensée cessent - je regarde le ciel…

Bah oui, mais même quand j’course, c’est plus fort que moi, faut que mon côté contemplatif i’ s’exprime (le retour du Yogi quoi) ; alors v’là que j’suis hâpé par le ciel, bleu  - putain c’est qu’il est bleu, c’te ciel ! Tu sais, biloute (dire qu’c'est à la mode maintenant, le ch’ti, alors qu’au XIXe siècle, on s’échinait à le faire disparaître), du bleu comme çà, chez nouz’autes, ch’est rare. Oh, puis ça ressemble un peu - beaucoup - au bleu d’hiver, ce bleu si brillant, si intense, si pur ; certes, un peu - beaucoup - froid mais tellement éclatant que ça réchauffe.

Alors, voilà, voilà que l’instant me gagne, que sa beauté commence à se faire jour - non !  Même pas, j’dis des conneries : i’ m’a saisi c’t'instant ! Ouaich ! Oh, allez, y’a p’têt eu un p’tit écoulement de temps, le temps que j’découvre cette beauté totale de l’instant. Comment que j’l'ai découvert ? Grâce à l’arbre sur le trottoir…  pas du genre des p’tits arbres tout rabougris, plantés là et abandonnés. Non. Un bel arbre, vigoureux, encore tout garni de ses feuilles, malgré un automne finissant. Fouchtra, qu’y'étot biau ch’t'arp’ (oh pis brin, si le francophone i’ s’y perd, dans ces quelques apartés ch’tis) !

Levant les yeux, j’voyais la belle couleur chatoyante et dorée de ses belles feuilles  resplendir dans la luminosité de “mon ” (bah, après, tout, ici, là, maintenant, y’a qu’moi qui le voit comme çà) beau ciel azuré. Leur ligne délicate se découpait dans le patron céleste. Je n’ai pu alors m’empêcher de parcourir du regard, ses feuilles, puis ses branches, puis son tronc (majestueux et voluptueux) - comme si contemplant une femme dans la rue, intrigué par son visage, instinctivement, inévitablement, je serais descendu le long de son corps vers ses jambes. Didjou, qu’i'était sensuel cet arbre ! Du coup, j’sais plus vraiment si j’ai pas commencé par regarder le tronc pour parcourir ensuite le feuillage (bah des fois, peut être souvent d’ailleurs, c’est les jambes des femmes qui m’attirent le regard - un brin fétichiste l’père Tougoudou). C’est dur de décrire un instant - le sentiment d’éternité n’est pas éternel (ça fait pompeux, qu’tu dis ?! Brin, mi ch’te dis).

Saisi par l’instant, par sa beauté, je les ai savourés - spontanément, j’ai sorti tout haut : « magnifique ! ».

Et l’arbre, lui, l’a entendu. Et l’arbre, lui, me l’a bien rendu : trois de ses feuilles se sont détachées, délicatement - instant subtil - et ont volées doucement, aériennes, m’enrobant, me nappant, deux devant, la troisième que j’aperçois en me retournant.

Car, cessant pour un temps, pour un instant - pour cet instant - ma course effrénée et imbécile, je me suis retourné vers l’arbre ; et, d’un geste amoureux de la main, je lui ai envoyé un baiser, à mon bel arbre. Merci. Merci, mon beau…

La magie est là, dieu est là, partout, mais on ne les voit pas. Al-Hamdu li-llah !