Régliss’Cat

23 septembre 2009

Exit Aldo et Boldo, place à Régliss’Cat.

Pour différentes raisons, je n’arrivais plus à dessiner les histoires des deux pignoufs sus nommés.

Mais l’envie de faire de la BD comique et sans prétention persistait, alors ça a donné Régliss’Cat, que vous pouvez lire ici (je remercie encore une fois les membres de Kappachan pour avoir mis en ligne cette nouvelle série sur leur blog).

Les petits tracas de Petit Sâdhaka (I)

27 août 2009

 « … Ai-je pris les clés ? ! » se demanda Petit Sâdhaka, quelque peu alarmé, alors que la porte d’entrée venait de se refermer brusquement derrière lui.

« Hélas, non » se dit-il, en se palpant fébrilement, sentant intuitivement la difficulté qui se présageait.

Dans un éclair de pensée fulgurant - c’est vrai, il aurait pu l’avoir avant - Petit Sâdhaka prend clairement conscience du tragique - ou du comique, c’est selon le point de vue - de la situation : enfermé dehors ! Voilà ce qu’il était - en plus d’avoir l’air con ! Il ne pouvait pas rouvrir cette fichue porte étant donné qu’il ne s’agissait pas d’une clinche avec poignet, mais d’un taquet coulissant sur ressort. Bref, le genre de porte que quand c’est bloqué, c’est bloqué ; le genre de porte où faut toujours avoir les clés sur soi (mais voilà là, j’les avais pas sur moi, aurait-on pu entonner un peu à la manière de Kool Shen) seulement lui, le Kool Shen là il avait eu la chance d’aller au commissariat, où là on lui avait mis la fièvre ! Mais Petit Sâdhaka, lui, tout seul dans la rue, par ce début de radieuse mais néanmoins hivernale soirée de la Saint-Valentin, il se pelait les miches dans son kimono ! Ses panards n’étaient pas mieux logés, des tongues pourries faisant office de chaussures ! La fièvre, c’est la crève qui allait la lui mettre !

Choses inanimées, avez-vous donc une âme ? En tout cas, Petit Sâdhaka, lui, n’avait pas beaucoup d’esprit. Et tout çà à cause d’un empressement injustifié : pensez-donc, Petit Sâdhaka voulait à tout prix s’assurer que le code qu’il avait pu dégotter dans ses papiers allait lui permettre de faire fonctionner à nouveau son auto-radio, bloqué depuis le changement de batterie de sa bagnole ! On l’aura saisi : l’affaire était d’une importance capitale, voire vitale ! D’une ampleur telle qu’elle justifiait qu’on sortît sans ses clés (et dans un accoutrement de piètre allure) ! Alors, on peut le dire tous en choeurs : LA HONTE ! (Mais Petit Sâdhaka, est, il faut bien le dire, coutumier du fait).

L’instant de stupeur passé, Petit Sâdhaka s’est vite ressaisi. En bon aspirant yogi, il se devait de ne pas céder à la panique.

I.2 Yoga cittavritti nirodha : le yoga c’est l’arrêt des fluctuations de la conscience.

Raisonnablement, il commença par répertorier les solutions concrètement faisables. Ah c’est que Petit Sâdhaka sait être pragmatique quand il faut l’être ! Petit Sâdhaka n’oublie pas qu’il n’est pas - encore - un pur esprit ; d’ailleurs - mais il ne le sait pas encore - la chair allait cruellement le lui rappeler.

Première idée : filer sur le lieu de travail pour récupérer le double des clés. Problème : si les portes de l’endroit étaient elles aussi fermées - c’était un samedi, à 19H00 ? Il se dit qu’il aura bien un peu de chance - mais, il ne le sait pas encore, ce soir-là, il n’en aura pas - et qu’il y aura bien un allumé du boulot qui s’y trouvera encore ou qui sera passé par là et aura oublié de refermer les portes à clés.

Il opta rapidement pour cette solution et se rendit donc à l’endroit sus nommé… Où il trouva portes closes, complètement closes. Glucose. Petit Sâdhaka, lui, était complètement glucose.

Pas encore abattu, même si un certain agacement commençait à se faire sentir, Petit Sâdhaka se rabatta sur sa deuxième carte, laquelle consistait tout bonnement à… demander l’aide d’autrui !… Et dire que Petit Sâdhaka, adepte du Yoga, cherche l’illumination… La route sera, à n’en pas douter, longue. Hé ! C’est déjà pas une lumière !

Demander le secours à quelqu’un donc.  La belle affaire ! Jadis, l’être humain en dehors de sa communauté (tribu, famille, etc.) n’existait pas ; l’individu en tant que tel, ne signifiait rien. Aujourd’hui, en dépit de notre individualisme forcené, et bien c’est pareil ! La technique, qui devait soit-disant contribuer à nous apporter plus de liberté, à nous rendre plus autonome les uns à l’égard des autres, n’a fait qu’accroître et la servitude, et l’étendue de la communauté ; ainsi, aujourd’hui, sans ton portable, t’es plus rien ! Or - et les fidèles lecteurs de ce blog (il doit bien y avoir quand même) le savent - son auteur exècre le portable ! Petit Sâdhaka - pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’histoire qui vous est contée est autobiographique - en a bien un mais ne m’en sert pas. A tel point, que Petit Sâdhaka a pris l’habitude de le laisser chez lui - et oui, comment faire d’un mobile un fixe, pas mal hein ! Ce ne sont qu’en de très rares occasions que Petit Sâdhaka s’en trouve muni. Et le hasard - ou la probabilité (pour les plus scientifiques) - voulût que ce soir-là, pareille occasion ne se produise pas. De toute façon, comme tout le monde le sait, le kimono étant aussi réputé pour la multitude de ses poches que le baggy (le sac à patates comme on dit dans l’coin) l’est pour la rareté de ses plis, il eût été très hypothétique que Petit Sâdhaka, ainsi vêtu, en soit pourvu  - à moins de se l’être carré dans le fion, méthode quelque peu abrupte on en conviendra, et dont Petit Sâdhaka ne semble guère friand (quoiqu’il se soit déjà fait enculer en achetant son portable) !

Bref, à moins d’un pigeon voyageur dans les environs, c’était pas gagné ! Mais Petit Sâdhaka, se souvenant des ces vieux films policiers des années cinquante (?), se dit qu’il pourrait trouver un téléphone dans un bistrot de quartier. Cela dit, Petit Sâdhaka, faudra bien qu’il se fasse une raison à un moment ou à un autre : c’est pas sa soirée. D’abord, de cafés ouverts à cette heure avancée, il n’y en avait pas légion  ; et puis de cafés, dans ce quartier, il faut bien le dire aussi, il n’y en avait déjà pas beaucoup non plus. Enfin, dans le seul qu’il finit par trouver, au hasard de ses déambulations (pitoyable qu’il était dans sa tenue de mauvais acteur de films d’arts martiaux fauchés), il n’y avait bien entendu - au risque d’éventer un suspens éventuel - aucun téléphone !

Pour autant, même en ces temps sombres du Kali Yuga,  empathie et altruisme n’avaient pas encore définitivement déserté les contrées de notre triste monde ; et il n’était pas dit que Petit Sâdhaka ne recevrait l’aide de personne ; ainsi une âme charitable, amarrée à un comptoir d’infortune, offrit à Petit Sâdhaka d’user de son… portable ! Ce que ce dernier s’empressa de faire.

Petit Sâdhaka tâcha alors dans un premier temps d’appeler l’un ou l’autre de ses collègues ; qui auraient pu lui ouvrir les portes de l’immeuble ; mais de collègues il ne trouva point - putain de soirée de Saint-Valentin ! Il pensa alors à un proche qui aurait pu l’héberger pour la nuit ; mais de proche il ne trouva point -  putain de soirée de Saint-Valentin !

Il songea alors à un serrurier ; ok, ok, c’est clair, c’est pas vraiment pas donné, même pas donné du tout, surtout un jour pareil et à une heure pareille, mais bon, la solution se dessinait de plus en plus comme l’ultime recours… Mais - allez, tous en choeurs - de serrurier il ne trouva point : putain de soirée de Saint-Valentin !

Et Mr Manatane de dire :

” Alors, que faire ? ”

” Il ne faut jamais, ô grand jamais, oublier les sûtras si patiemment apprises “…

Mais Petit Sâdhaka commençait plutôt à se dire que le sort s’acharnait contre lui : voulait-on qu’il dormît dehors cette nuit-là ? Etait-il écrit dans quelques lignes d’un livre sacré que Petit Sâdhaka devait payer de la sorte sa légèreté ? Devait-il être condamné à subir un si funeste sort ?

Ahlalà, Petit Sâdhaka… Petit Pashû va ! Oui, d’accord, c’est vrai. C’est vrai : tu travailles assidûment tes asânas, tu apprends patiemment tes sûtras ! Mais vois, vois le résultat : tu ne fais pas mieux qu’un indiviu lambda  ! Petit Sâdhaka, comme tout pashû, tu cherches un bouc émissaire, et comme tu n’en as pas sous la main, tu vas s’en inventer un : tu vas le nommer pour mieux tenter de le maîtriser, (tu l’appelleras Dieu, fatalité, destin, démons, etc.) puis tu vas l’accabler de tous les maux ! Oh, c’est vrai, ça soulage un peu, sur le moment, mais ça ne résoud finalement pas grand chose…

Petit Sâdhaka ne s’en rendait pas compte, mais il commençait petit à petit, doucement mais sûrement, à s’abandonner aux fluctuations de sa pensée, à faire le jeu des Klesa. Face aux nombreux obstacles rencontrés, sa pensée s’agitait… Et ça, ça n’allait pas arranger ses affaires !

I. 31 Duhkha daurmanasya angamejayatva  svâsaprasvâsâh viksepa sahabhuvah : la tristesse, le désespoir, l’agitation physique et une respiration désordonnée sont des des distractions supplémentaires pour la conscience.

(A suivre…)

N.B.  : les aphorismes en sanskrit phonétique et leur traduction sont issues de l’ouvrage de B.K.S YENGAR, ” Lumière sur les Yoga Sûtra de Patanjali “, paru aux éditions Buchet/Chastel.

Pouce !

22 août 2009

Le Nainnuque, c’est comme le Géant Vert, en plus petit mais avec une grosse bite…

Nainnuque : la saga continue…

16 août 2009

 quelques travaux préparatoire juste pour toi, lecteurounichou…

Chez toi, bientôt, une nouvelle BD : le Nainnuque revient, plus fort, plus grand (euh), plus beau (là, y’a du boulot…)

On enlève la culotte !

15 juillet 2009

Bon, bah comme y’a pus beaucoup de passage sur mon bloug (d’aucuns me rétorqueront spontanément qu’il me suffit de l’alimenter régulièrement pour que l’objet de cet amer constat disparaisse) j’me suis dit, j’vas frapper un grand coup !

Ah ouais, attention là, l’Tougoudou i’ rigole pus ! Ah ouais, maintenant c’est du cul, à fond les balloches ! Et double ration pour les gourmand(e)s !

Alors j’commence par cette créature un peu zarb’ , qui a surgi, comme le génie de la lampe, en frottant la mine d’min crayon usé sur un bout d’feuille encore plus usée, lors d’une séance de dédicaces au festival d’Amiens : je veux parler du Nainnuque, que vous pouvez contempler là, juste en dessous :

 

 

Nainnuque ? Mais pourquoi donc ? Regardez bien, et vous comprendrez l’origine du néologisme qui lui sert de dénomination.

Bon, toujours sur le même plan, mais dans un autre registre, une ‘tiote Arabesque (ça faisait longtemps, non ?) : Karima (là y’a pas d’néologisme mais rien n’vous empêche de bien regarder - comme dirait Jamel Debbouze : ça m’sexcite !).

Bouton d’or

23 mai 2009

Un lotus, informe, foireux : moi (bah, la posture elle est pas évidente à tenir) ;
Des boutons d’or, tout beaux, tout éclos : elles, les p’tites fleurs face à moi.
Nous dans l’herbe, sur une terre bourrée d’humus (enfin y’en a - doit bien y avoir aussi quelques particules radioactives).

La méditation, exercice par excellence du yoga…
La méditation, donc… Pas trop mon truc, me plaît pas trop : p’têt parce que l’faire, j’sais pas trop…

Un fake de végétal tentant de fixer son attention sur des p’tites fleurs… Inévitablement, le masque tombe : le mutant occidental réapparaît ! pas moyen de fixer c’te putain d’pensée ! Qui s’éparpille - un flot diffus de pensées éparses surgit, déferle et se propage dans l’espace aérien, déjà hautement perturbé, logé entre mes deux radars (z’avez pas vu la circonférence) d’oreilles,…

Bon, allez yogi, laisse les donc couler ces pensées, laisse les ruisseler le long des sinuosités de ton crâne, sur les arêtes de tes vertèbres, et disparaître comme les larmes dans la pluie (merci Roy Batty - Rugter HAUER, magistral dans « Blade Runner ») ;

Merde ! Y’en a une qui s’insère, se répand et m’imprègne tout l’bulbe ! J’lutte pas ; par principe (yama)… et par nature (lutter c’est fatiguant). C’est d’abord une image ; celle d’un film : « Soleil vert » ; celle que voit l’un des personnages principaux, alors qu’il est sur son lit de mort, la même que le spectateur verra lors du générique de fin : juste une brise printanière soufflant dans un pré parsemé de petites fleurs jaunes, filmé en gros plan… Image d’un monde révolu, à jamais disparu : le nôtre…

Et cette pensée en amène une autre, l’association d’idées marche à fond (au revoir - et bon débarras - la méditation). « Soleil vert », film d’anticipation, tristement prophétique, en appelle un autre : « THX 1138 », que j’associe immédiatement, instantanément, à un article lu sur le blog de Superno ; là encore la réalité rejoint la fiction ; avènement prochain du tout-contrôle, de la délation à tout crin, d’un totalitarisme orwellien… le net : ce merveilleux outil de communication et d’échange, par extension, va devenir sous l’égide du mâle dominant (enfin il aimerait en avoir les attributs) de la tribu française, un instrument d’oppression, de domination…

Et dire, que pour un nombre de penseurs contemporains - nommés post-humanistes ou trans-humanistes - c’est de la technologie que l’homme doit attendre aujourd’hui son salut ! Ainsi peut-on lire dans le numéro hors-série du Monde, consacré à Darwin et l’évolution : « Pourquoi un humain technologiquement assisté ne serait-il plus un homme ? Il existerait donc une « essence » de l’homme, inamovible, naturelle ? (…) L’homme est une créature flexible, douée de plasticité, qui s’adapte à l’environnement, résiste aux maladies grâce à ces technologies. Penser le post-humain, c’est accepter d’associer l’autonomie des hommes et des machines, apprendre à vivre et co-évoluer avec des machines capables d’autonomie - douées d’une existence propre, au même titre que les animaux. Comment imaginer la postérité de notre espèce sur cette « technosphère » qu’est devenue la Terre sans une post-humanité agrégée à des machines »1 ?

C’est un point de vue… Qu’on peut épouser… mais j’espère - ouais j’suis un peu candide pour le coup - ne nous imposer (’tain, vas-y dans l’futur, faudra t’mettre dès l’réveil un tube cybernétique intégré dans l’fion pour t’analyser l’bol fécal toutes les trois secondes ; ça s’ra idem pour le sang et autres liquides corporels… l’être post-humain sera plein de tubes ou ne sera pas ; un être multi-entubés, quoi… le progrès quand même : se faire entuber).

Hé quoi Jean-Michel, elle te fait si peur Bouton d’or ? ! Ah bah oui, en dessous des petites fleurs jaunes, il y a la terre- beurk, caca - et dedans, des vers, des petits vers qui vont dévorent nos petits corps, après qu’on est mort… Ah ouais, mais j’suis con moi ! Putain que j’suis con que c’est pas possible (bah oui, j’oubliais, j’suis pas un penseur) ! Mais j’ai rien compris : bientôt, grâce à la technologie on sortira bientôt du processus évolutif, de la vie et de la mort, du vivant quoi… Adieu Bouton d’or, le soleil (vert) vient de se lever…

Et c’est reparti ! Quand l’Homme - enfin surtout l’Occidental - a peur, il regarde ailleurs, dans un au-delà… Aujourd’hui, modernité oblige, l’au-delà il est à base de technologie et d’intelligence extra-terrestre. Dans une émission télévisée, diffusée hier sur Direct 8 et dédiée aux phénomènes UFO, un autre penseur - Ahlalà, heureusement qu’on en a des penseurs en Occident ! Avec eux au moins on sait où on va ! Moi j’pense pas, ça m’fatigue ! Ah çà, du coup j’vais nulle part ! Mais bon, pourquoi j’me fatiguerais à aller quelque part ? C’est qu’c'est fatiguant de s’bouger… - Jean-Pierre PETIT nous révélait le sens du vivant : complexification de la matière, maîtrise du nucléaire et voyage inter-stellaire (la Terre au G8 ou G20 des mondes maîtrisant la technologie nucléaire). L’un des intervenants concluait par une citation d’un astronaute russe : « la Terre est notre berceau, mais nous ne demeurons pas éternellement dans notre berceau »… Est-ce une raison pour saccager le berceau ?

Oh putain ! Mais allez faire mumuse avec vos cyborgs, allez rencontrer vos être stellaires, tant que vous me laissez juste le loisir de contempler Bouton d’or ! Moi, j’aimerais bien, comme l’Orang-outan, me satisfaire de mon sort et vivre selon une loi immuable « accueillant le progrès avec méfiance (…) C’est bien assez de modernité, on ne va pas non plus consentir à tout ce qu’elle propose, pourquoi toujours lui céder, s’équiper de neuf chaque année comme si le principe de la vie n’était plus le même et que les doigts un beau matin ne convenaient plus pour se moucher élégamment, sachons tenir aussi, jouir de la sérénité que procure la longue habitude sous les dehors de l’hébétude »2.

1Propos de Jean-Michel BESNIER, Autoproduire des hommes meilleurs, Le Monde hors-série avril-mai 2009, p. 94

2Eric CHEVILLARD, Sans l’orang-outan, Les éditions de minuit, 2007, p. 51.

Les aventures contemplatives et introspectives de Gayong, le dernier des Orang Outan - épisode I : Rencontre

20 avril 2009

Cette oeuvre vous a été présentée avec l’aimable autorisation de l’équipe dirigeante du fanzine Bahniwé, dans le numéro 17 duquel elle est (normalement, enfin, si tout va bien) destinée à paraître (donc sous forme papier en format A4, ce qui est quand même hach’ment mieux, on en conviendra, que cette présentation virtuelle).

Pris de SPAM ? Yogi Tougoudou a LA solution

18 mars 2009

> Message du 12/03/09 16:22
> De : “Alain”
> A : yogitougoudou@chakra.net ;
> Copie à :
> Objet : je ne vais plus a la fnac
>
> Bonjour,
> La semaine derniere, je suis alle a la Fnac pour m’acheter des logiciels et j’ai ete abasourdi par les prix. Ils sont fous. Alors j’ai cherche sur google et j’ai trouve un site top (lien du site) tu me diras ce que tu en penses mais payer 10% du prix public, j’ai pas trouve mieux. Tu peux telecharger tous les logiciels des plus grandes marques de suite.

 

Ami, sais-tu qu’il est possible de faire mieux encore ?

En pratiquant assidûment le détachement, puis le renoncement aux choses de ce monde, tu obtiendras Moksha, la Libération.
Ainsi le prix de tel ou tel produit ne sera bientôt plus une source de soucis pour toi.

Malheureusement, Ami, pour cela, je ne détiens aucun programme que tu eusses pu utilement télécharger. Mais ne désespère pas, Ami, le programme est déjà en toi ; pour l’ouvrir, il te suffit juste de faire preuve de patience et d’abnégation.

Je te souhaite, Ami, une journée emplie de soleil.

Om.

La quantique des moeurs

10 mars 2009

J’aime bien être dans un bus - enfin surtout quand il roule, mais heureusement, c’est généralement la règle. Je préfère ce type de transport en commun plutôt que le métro ou le train ; le métro, y’a rien à observer alentours sauf la tête du voisin - qui me dévisage ou qui détourne le regard lorsqu’il croise le mien (ah, c’est féroce l’ambiance du métro) ; le train, ça va trop vite pour le prendre le temps d’observer (enfin, ça dépend lesquels) ; pis de toute façon, souvent y’a rien de particulier à observer.

Le bus, en général - ah, ça y est, j’peux pas m’empêcher d’faire dans l’abstraction - ça circule en ville ; du coup ç’est soumis aux aléas de la circulation et ça prend un rythme plus humain, un rythme parfois lancinant qui permet ainsi de porter aux yeux de l’observateur attentif, une profusion de petits détails singuliers.

Finalement, le bus c’est assez yoga dans le fond. On est passif, spectateur. On est témoin du spectacle qui se déroule devant nous - de là à dire qu’on se rapproche du Témoin…

Alors que je rentrais chez moi - en bus hein, pas en vélo, paske sinon, bah j’aurais plutôt causé du biclou en préambule - je laissais aller vagabonder mon regard dans le décor urbain ; là, je tombai sur un panneau publicitaire affichant le visage de l’actrise Sharon Stone, posant pour je ne sais quel produit de beauté à la con.

Pourquoi me suis-je arrêté à son visage ? Pourquoi ce détail du réel qui s’offrait à mes yeux a-t-il fixé ma rétine ? Peut-être ce côté irréel justement, qui détonnait par rapport à l’ensemble.

Faut quand même avouer qu’il y a quelque chose de pas normal, enfin j’veux plutôt dire de pas humain dans ce visage. Bah quoi ? Sharon Stone elle a plus vingt ans - et depuis bien longtemps. Y’a çà et là sur le net, des sites où on peut trouver des photos comparatives : Sharon Stone, si ça reste une belle femme, c’est plus une jeune femme. Mais quand on regarde sa photo sur l’affiche, on dirait qu’elle vient de souffler sa trentième bougie.

Oh, bien sûr, y’a plus grand monde qui est dupe : bistouri, photoshop, et tutti quanti… Oui mais voilà on veut créer l’illusion. Et beaucoup ont envie d’y croire, à cette illusion. Et pourquoi ? Et laquelle d’abord ? Celle de l’éternelle jeunesse ?… Y’a d’ça ; c’est un peu l’idée d’un instant d’éternité : fixer pour toujours un instant.

Alors que mon bus continuait son bonhomme de chemin, alors que je laissais ma pensée errait,  comme à l’accoutumée, dans je ne sais quelle sphère éthérée de mon esprit vaporeux, je me saisis de mon portable. Pourquoi ? Franchement, j’en sais rien. Peut-être tout simplement pour regarder l’heure - j’ai pas de montre. Alors j’l'allume - bah ouais, mon portable y’est toujours éteint ; oh, mon portable et moi, c’est toute une histoire d’indifférence vécue réciproquement et voulue unilatérement (j’ose espérer, que malgré les progrès de l’intelligence artificielle, mon portable n’a pas encore de volonté propre) ; oh pis non, j’crois qu’en l’éteignant, c’putain d’portable, j’ai l’impression d’avoir un semblant de pouvoir sur le réel, sur ce réel quotidien, qu’à l’instar de Gombrowicz, je trouve chaotique, angoissant, asphyxiant.

Enfin bref, tout çà pour dire que j’allume mon portable - hé, ça c’est d’l'action, hein ? on s’ennuie pas quand je raconte une histoire, hein ? Et je l’regarde s’allumer. Bah faut dire, mon portable c’est un ancien modèle - c’est pas le talkie walkie non plus, mais c’est pas non plus la tablette de chocolat d’aujourd’hui (et ni la micro-puce insérée dans l’fin fond d’son cul de demain - ou d’son nez, ou d’son vagin, ça dépendra d’où qu’on va mettre le plus souvent ses doigts). Donc i’ met l’temps pour s’allumer ; donc j’ai l’temps pour le regarder s’allumer ; donc j’ai l’temps pour m’faire chier à le regarder s’allumer… et tout le temps pour que ma pensée elle recommence à s’agiter (et ça s’dit yogi…).

Et j’me dis : ” Mais pourquoi tu te plains ? Pourquoi ça t’fait tellement chier d’attendre que ton portable i’ s’allume ? Pourquoi ça t’énerve qu’il affiche aussi lentement le menu ? Pourquoi t’es si pressé ” ? Et je repense à un de mes amis qui a un portable du dernier cri. C’est bien simple, n’importe lequel de ses désirs est réalisé instantanément : y’a envie de bavasser avec trois-quatre femelles sur tronchebook ? i’ peut aller surfer sur le net d’son portable quand i’ veut d’où qu’i'veut ! Bon sang, mais si je lui passais l’mien, i’ m’traiterait de sauvage, d’archaïque avant que d’m'étrangler en toute honnêteté !

Et là j’me dis : ” Mais pourquoi on veut toujours aller vite ? Pourquoi mes contemporains, pourquoi la société dans laquelle je baigne n’a plus que cette idée en tête que d’aller vite, toujours plus vite ” ?

Oh oui, alors j’aurais pu m’dire qu’on est dans une société hédoniste, où ce qui importe c’est la satisfaction du désir. Mwè, mwè, mwè… Encore une fois, y’a d’çà, mais ça me satisfaisait pas. Je sais bien que si on suit une certaine pensée héritée de feu FREUD (feufreud ! Wooah !… non ? ah bon), le désir est tyranique ; dès lors son assouvissement paraît devoir être instatané tant la délivrance de la souffrance que son insatisfaction engendre est impérieuse. Mais j’sais pas, ça m’laissait quand même sur ma faim…

La réponse, c’est le lendemain que je l’aurais, durant un déjeuner avec un des mes meilleurs amis - un autre, pas celui au portable dernier cri (j’précise pour celui au portable dernier cri, qui, des fois, passe lire mes billets). Notre conversation bifurqua un temps sur la physique quantique. Mon ami m’exposa alors un principe de cette pensée, en cette formule : ” Plus tu vas vite, plus le temps s’arrête “.  Pour expliciter la formule, il l’illustra par un exemple : si nous allions à la vitesse de la lumière, tout nous paraîtrait immobile…

Wouaw ! Put…heu… Réka ! J’avais la réponse ! Repensant à mes anciennes lectures, dont surtout celles des ouvrages de Norbert ELIAS, je me souvins que, selon lui, les normes culturelles venaient de l’élite pour se répandre dans la masse. Finalement je me suis dit que l’idée avancée par la physique quantique avait fait son chemin ; oh, certainement, sous l’effet de la vulgarisation, sa portée en avait été déformée et avait quitté son champ d’application initial : la règle avait pris désormais une coloration métaphysique, existentielle.

Voilà, un peu à la manière de Roland BARTHES, je venais de découvrir une des mythologies de notre culture - soit dit en passant, c’est un peu rassurant : il y aurait encore une culture en Occident. Selon cette croyance, plus on va vite, plus on a le temps puisque finalement il tend à s’arrêter. C’est pour çà que tous les gens i’ courent dans tous les sens tout le temps : en vérité, je vous le dis, il gagnent du temps. Enfin, ils gagnent plutôt sur le temps : en allant toujours plus vite, on empêche que le temps s’écoule ; en allant toujours plus vite, on acquiert indirectement une maîtrise sur le temps ; en allant toujours plus vite, on empêche que ses effets nous atteignent, on fait barrage au cortège des sombres évènements qu’il colporte (les accidents, la maladie, la vieillesse, la mort, etc…) ; les évènements ne nous surprennent pas, nous pouvons les voir venir. Plus nous allons vite et plus nous gardons la maîtrise de notre vie !

Wouaw ! Finalement elle est terrible cette croyance ! Elle porte en elle la promesse que nous vaincrons notre pire ennemi, le Temps, en abolissant son règne…  

Enfin, j’ai compris : l’essentiel c’est d’aller vite ; après ce que nous faisons, on s’en fout ; bah ouais, comment ça pourrait avoir de conséquences, vu que le temps s’arrête ?…

D’ailleurs qu’est-ce tu fais encore là à me lire ? T’as pas compris ?! Mais regarde-toi, t’as d’jà une ride qui se pointe sur ton front que t’as tout plissé en me lisant ! Allez, dépêche-toi, cours avant que le temps ne te rattrape… Cours vite !

L’ Orang outan, ce frère qui souffre tant…

23 février 2009

Ca faisait déjà un bon moment que je voulais publier un billet consacré à mes p’tits chouchous : les orang outan.

Comme j’ai enfin trouvé un p’tit scénar’ me permettant de mettre en scène un orang outan dans son cadre naturel, j’me suis dit que c’était l’occasion de présenter quelques travaux réalisés sur le sujet.

Je ne sais pas d’où vient mon attachement et depuis quand ça remonte. Du plus loin que je me souvienne, je crois que j’ai toujours été subjugué par le visage du mâle dominant.

Mais je me suis devenu vraiment fana de l’orang outan après la lecture d’une légende indonésienne, la Princesse Pourbasari - on peut la retrouver dans la collection des contes - naguère - publiée par les éditions Gründ.

J’ai eu la chance de les voir évoluer dans leur milieu naturel (la jungle tropicale du sud-est asiatique) ; ça restera pour moi un moment merveilleux, empli de magie - souvent, j’ai envie d’en parler comme d’une expérience d’ordre mystique, et à croire l’ouvrage Souvenirs d’Eden de la célèbre primatologue Biruté GALDIKAS, ça n’aurait rien d’étonnant.

Malheureusement, notre civilisation engagée dans la voie du désenchantement, de la désincarnation, détruit, plus ou moins consciemment, tout ce qui est ou évoque le vivant ; dont un de ces plus beaux représentants : l’Orang outan.

Si vous voulez en savoir plus sur cet être magnifique - et l’aider - je vous invite à visiter le site de l’organisation de Biruté GALDIKAS : http://www.orangutan.org/